AccueilCoup de foudre chaos"Chime", fabuleux retour à l’angoisse du réalisateur Kiyoshi Kurosawa

« Chime », fabuleux retour à l’angoisse du réalisateur Kiyoshi Kurosawa

Moyen métrage présenté sur une plateforme japonaise, Chime confirme la capacité de l’éclectique cinéaste Kiyoshi Kurosawa à distiller une angoisse sourde et durable.

C’est l’histoire d’un homme qui dispense des cours de cuisine française et apprend à ses étudiants à bien couper les oignons. Et ce qui commençait comme un charmant tuto pour préparer une bonne sauce bascule dans le cauchemar en cuisine lorsqu’un élève assure entendre un bruit étrange, comme un carillon (le chime du titre, en anglais) que lui seul semble percevoir. Lorsque le prof commence à son tour à entendre les sons bizarres et perçoit des comportements étranges de ses semblables, une question le tarabuste: l’humanité serait-elle en train de sombrer dans une démence collective?

Tourné pour (et produit par) la plateforme japonaise Roadstead, entre plusieurs projets (le remake français de son propre remake japonais La Vengeance du serpent et le thriller Cloud), le moyen métrage Chime provoque joie et soulagement. Joie de voir Kurosawa, cinéaste habitué à sauter d’un genre à l’autre depuis ses débuts, revenir au fantastique des années 90 – celui de Cure, de Kaïro, de Séance…, celui des virus, des contaminations, des dérèglements généralisés, des brusques surgissements de violence et des montées anxiogènes. Et soulagement de le voir en pleine possession de ses moyens dans ce moyen métrage d’une quarantaine de minutes décrivant un monde où la peur s’infiltre et vient contaminer la plus banale normalité et où les objets les plus banals acquièrent soudain un potentiel inquiétant par la seule mise en scène. Des jeux de lumière aux effets sonores, des reflets aux changements d’axe: c’est du travail d’orfèvre, idoine pour les spectateurs aux nerfs sensibles, de plus en plus vulnérables à mesure que le récit se déploie. Seule frustration, liée à la durée de l’exercice: la conclusion laisse la porte ouverte aux spéculations, comme les prémisses d’un long métrage qu’on adorerait découvrir. Reste qu’en préférant l’ellipse et le mystère à la lourde explication, l’angoisse diffuse peut continuer de se propager, et ce, longtemps après le visionnage.

0h45min | Drame
De Kiyoshi Kurosawa | Par Kiyoshi Kurosawa
Avec Mutsuo Yoshioka, Tomoko Tabata, Ikkei Watanabe

 

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