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« Requiem for a Dream » de Darren Aronofsky: inoubliable adaptation du roman de Hubert Selby Jr, pur film de montage, de son et d’acteurs transcendés

Le film-pivot. C’est bien simple, après ce second essai, il y a eu un avant et un après pour le cinéaste, aussi bien par la reconnaissance critique et public obtenue que par le niveau de maîtrise formelle atteint. Adapté du roman Retour à Brooklyn d’Hubert Selby Jr., Requiem for a Dream est un pur film de montage et de son. Réutilisant les codes du vidéoclip, le film adopte une mise en scène pleine de gimmicks (fast cutting, insert, gros-plan, caméra portée, etc) au service d’une histoire chorale dans laquelle quatre personnages vont s’enfoncer dans la spirale autodestructrice de l’addiction. Si le film partage des similarités avec Pi (nous retrouvons certains leitmotivs, des fondus et un tempo similaire), le réalisateur pousse cependant les potards, narrant la déperdition de ses héros avec une intransigeance infernale. Le temps s’accélère ou se dilate pour retranscrire la perception subjective des protagonistes, le jump-cut (succession de vignettes ultra-rapides) illustre l’effet des stupéfiants, l’anamorphose rend les perspectives grossières, voire monstrueuses (dans une même séquence, le cinéaste n’hésite pas à enchaîner zooms et plans très larges) et les split-screens scindent l’écran pour mieux révéler la fausse promiscuité de nos héros, enfermés dans leurs bulles.

Dans un premier temps, de fulgurances en épiphanies, le long-métrage introduit le trip sous drogue comme une houle, telles des vagues qui montent doucement pour mieux redescendre (ces montagnes russes au début du film). Mais le pouls augmente et bientôt, une logique implacable se met en place. De l’hallucination au cauchemar, les événements s’enchaînent dans une montée exponentielle. Pas de complaisance ici. La partition grinçante, frénétique et agressive de Clint Mansell participe bien sûr pour beaucoup. Maintes fois pastichée (voyez les multiples utilisations qui en ont été faites dans nos chers programmes TV, d’Enquête Exclusive à Faites entrer l’accusé…), sa puissance lorsqu’elle colle aux images jusqu’à venir les hanter, dans un final encore insupportable aujourd’hui, reste inégalé (la séquence de la prison notamment où l’image déraille, cordes stridentes en fond sonore, prête à sortir de ses gonds…).

Dans cette histoire chapitrée au fil des saisons, nos héros sont comme des pantins dont les plaisirs successifs et l’exigence obsessionnelle vont les malmener jusqu’à les détruire. Amphétamines, héroïne, régime stérile, TV poubelle et prostitution seront autant de freins aux projets désarmants de candeur de nos protagonistes (partir en voyage, ouvrir une boutique, mettre cette satanée robe). Si le film peut certes se ranger dans la catégorie des «drug movies» de la fin des années 90 (Trainspotting, Basketball Diaries, Las Vegas Parano, etc), le cinéaste a voulu creuser plus loin ici en mettant côte à côte différents types de dépendance.

Si l’œuvre regorge en effet d’une ingéniosité sale gosse (et jusqu’à l’excès, peut-être son seul point négatif), le cinéaste n’est jamais aussi bon que lorsqu’il pose sa caméra pour capturer les temps morts: moments de douceur ou visages figés dans une expression d’effroi. On retiendra notamment les retrouvailles de Sara Godfarb (Ellen Burstyn et son jeu d’une intensité chaos), dents grinçantes et larmes aux yeux, et de son fils (Jared Leto), conscients de leurs dérives, mais incapables de changer. Leur joie apparente est déchirante parce qu’elle masque la descente aux enfers de l’addiction. Un prix cher payé pour combler les rêves, être aimé ou seulement retrouver l’innocence d’antan. M.S.

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