Quand Bernardo Bertolucci citait David Bowie…

Bernardo Bertolucci, réalisateur des immenses Le Dernier Tango à Paris, 1900 ou encore La luna, est mort à Rome à l’âge de 77 ans. Une filmographie qu’il a conçue de façon libre, extrêmement dense, volontiers polémique qui se termine avec le film Io e te, dans lequel il citait ouvertement David Bowie. Pas du tout un hasard.

PAR VIRGINIE APIOU

En 2012, Bernardo Bertolucci parlait de son dernier film Io e te, l’histoire d’un frère et d’une sœur qui, dans une cave, apprennent à se connaître alors qu’ils n’ont jamais vécu ensemble jusqu’à présent. Le plus beau moment du film reste sans conteste quand la fille, grande, agitée, cheveux longs et mobiles, corps oblong, descendante de Dominique Sanda dans Le Conformiste, se lève au son d’une chanson de David Bowie, que, fait rare au cinéma, le réalisateur utilise pratiquement dans son intégralité. C’est normal, la chanson est immensément prenante. Elle obsédait Bertolucci depuis des années: «C’était une chanson que j’ai écouté pour la première fois à Los Angeles en conduisant une décapotable dans la grande ville en attendant de trouver un titre pour un film pendant des mois et des mois, et je ne le trouvais pas. Alors j’écoutais beaucoup cette chanson sur une cassette qu’un ami m’avait offerte. Le temps est passé et je me suis rappelé de la chanson au moment de tourner la scène. La chanson en italien dit «ragazzo solo, ragazza sola», en français cela veut dire « garçon seul, jeune fille seule ». Ce sont les paroles d’un grand parolier italien qui s’appelle Mogol. Il a pris la chanson de David Bowie et l’a complètement changée. Alors j’aimais beaucoup l’idée d’avoir une chanson très romantique mais aussi c’était drôle de l’avoir en italien dans ce moment du film où mes deux jeunes héros se reconnaissent et s’autorisent à s’aimer.»

Retrouver Bertolucci évoquant sans détour, avec son phrasé toujours précis et calme, cette chanson des années 70 revêt un caractère particulièrement émouvant, et même parfait. Le grand cinéaste italien, tout comme David Bowie incarna la liberté d’être, de bouger, liberté sexuelle et sociale qui prit naissance à cette période-là. Pour Bertolucci qui ne pouvait plus marcher, utiliser cette chanson fut une manière de s’échapper, et pour les héros de son film de s’envoler.

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