« Zeria » de Harry Cleven: du cinéma de science-fiction en animation à la fois ambitieux et « autre »

0
1063

Un grand-père (le dernier homme sur terre) raconte son existence à son petit-fils (qui pourrait être le premier à revenir de l’exil de l’humanité dans l’espace). Le sujet, simple et universel, d’un film de science-fiction en animation pas commun.

Présenté à L’étrange Festival en 2022, Zeria de Harry Cleven (réalisateur du film de jumeaux Trouble avec Magimel et jadis acteur chez Zulawski et Godard) ne ressemble à rien de connu et c’est très bien comme ça. C’est le genre de film qui, de façon extrême, fait dire aux gens ça passe ou ça casse. Soit on admire, soit on s’énerve; dans les deux cas de plus en plus. C’est le récit d’un vieil homme, accessoirement dernier survivant sur terre, racontant sa vie sous forme de monologue à son petit-fils Zeria (d’où le titre éponyme). C’est intimiste et linéaire, donc a priori accessible à tous. Ce qui gratte est plutôt à chercher du côté esthétique: entre Eraserhead (David Lynch, 1977) et le cinéma des frères Quay, Zeria est un film de marionnettes mêlant animation et acteurs grimés, dont les faces ont une expressivité troublante mâtinée d’uncanny valley. D’autre part, l’atmosphère, tout en spleen, traumas et ombres, peut rebuter. Ce serait toutefois oublier sa poésie à la fois visuelle (les maquettes, les ombres chinoises, les tableaux magnifiques de tâches et de vapeurs) et narrative: le point de vue qui nous est donné des choses, des peurs, du pardon et de la vie en devient alors assez poignante. À la fois malaisant et émouvant, un film réellement gonflé qui, à moins d’une sortie en catimini à la Earwig, risque de mettre un temps fou avant de venir à nous.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici