Vu au FIFIB 2024: « Aimer Perdre », le all-in savoureux des frères Guit

Armande Pigeon (Maria Cavalier-Bazan) est une reine de l’entourloupe. À Bruxelles, elle a du mal à joindre les deux bouts parce qu’elle parie sur tout et n’importe quoi, et finit toujours du mauvais côté de la chance. Lorsqu’un soir, elle fait équipe avec Ronnie, ils ne s’arrêtent plus de gagner. Mais quand on a une série gagnante, il faut savoir s’arrêter au bon moment… Propulsés par Fils de plouc, un premier long-métrage fait de bric et de beaucoup de broc en 2021 – film mis sur orbite par la triade Sundance + OCS + Mathieu Amalric, les frères Guit étaient attendus au tournant: en témoigne cet Utopia plein à craquer hier soir, venu se payer une bonne dose de gaudriole nordique à la sauce craspec. Aimer perdre narre par le menu la vie de galère d’une bruxelloise ayant écumé des dettes dans tout le plat pays, logeant pour 150 euros/mois dans un tripot familial négligemment tenu par Catherine Ringer, qui n’avance pas dans la vie pour concrétiser un but ou un idéal, mais plutôt pour savoir ce qu’elle va bien pouvoir mettre à ses pieds ou se glisser d’ici à sept heures dans la panse.

Voilà qui nous change de nos films-de-vérandas parisiens où tout le monde a un plafond sept à huit fois au-dessus de son mode de vie… Urgemment bâti, le film fourmille d’idées venant nourrir cet assez mince fil narratif, alignant les gags en gros plan sébum et les seconds rôles de magouilleurs à la toute petite semaine ne cessant de graviter autour de notre Bouda sauvée des eaux: tout le monde est comme attiré vers ce personnage concentrique, soit pour lui réclamer un dû, soit pour lui déclarer sa flemme, soit pour prolonger le plus absurdement qui soit une partie de casino qui, c’est bien connu, ne s’arrête que lorsqu’on comprend qu’on commence à perdre (spoiler alert: c’est en général déjà trop tard)… La toile de fond est donc autant nourrie par la cavale à grandes embardées safdiennes que par le sentiment de surplace intérieur qui arrose toute la comédie à l’italienne, elle aussi portée par des personnages qui voient grand alors qu’ils sont en fait tout petits, petits. Si le film a parfois un peu de mal à maintenir la – très – haute altitude atteinte dans sa première demi-heure, qui envoie vraiment un sacré pâté et qui convertit absolument tous les jetons qu’il met sur la table (mention spéciale à cette scène de rapt de camembert dans le dos des colocs de la meilleure pote), reste un très bel objet foutraque qui croit sincèrement aux lubies démesurées de tous ses personnages, et qui donne très envie de voir la suite. Et de tailler bavette avec les deux frangins, qui vous donneront des nouvelles sur ce présent site avant la sortie, chapeautée par UFO Distribution, en mars 2025!

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