Venez découvrir le monde du réalisateur Mathieu Morel en hurlant « Anapidae »!

«J’irai mourir d’amour ailleurs». La bêbête qui monte, c’est lui: Mathieu Morel. Des années de collages punk/pédés, tricotés et collés comme autant de patchwork humides et pixelisés. Mais aussi un court, Aussi fort que tu peux, très éloigné ce qu’on a l’habitude de voir sortir de la Femis, chassé-croisé à la beauté fracassée, d’une noirceur qui vous enserre le cou. Il y a quelque chose chez Morel qui tient autant d’une approche décomplexée que d’une mélancolie sale et sans détour, quelque chose comme un sourire avec une blessure à la commissure des lèvres. Après le slasher lo-fi de Deep Queer Massacre (dans lequel figure Pierre Emö), le jeune réalisateur a voulu revenir à quelque chose de plus grand.

Sous l’égide de Venin Films (et projeté à la Cinémathèque le 2 septembre), Anapidae nous fait ratiboiser l’herbe mouillée d’un cimetière paumé, celui fictif des Naarièges: son gardien, Mino (le si étrange Thomas Ducasse, déjà vu en amoureux transi dans Les îles), y doit composer avec sa propre perte, celle d’un amant disparu dans des circonstances mystérieuses. La veuve du mort (Julie Morel, sœur du cinéaste), les bras chargés de fleurs envahissantes, vient le voir avec ses deux jumelles, tente de tisser un lien avec une maladresse de porcelaine. Lui, taiseux, fêlé de partout, et elle, agitée, débordante de mots, essayent de trouver un sens au trou béant dans leur cœur. La nuit, dans son capharnaüm tenant aussi bien du mausolée que du marché aux puces, Mino tente de renouer avec son disparu dans des chaînes de sms qui ne vont plus nulle tard. Mais l’Anapidae, le monstre-deuil à huit pattes, visible aux plus attentifs, rôde dans les parages…

Pas du genre à s’allonger dans le drame académique, Morel segmente son récit d’images heurtées et oniriques (en particulier ce songe nécrophile dont la dimension folle évoque autant Jean Rollin, Ed Wood que Dellamorte Dellamore) agence différentes textures, multiplie les formats: le film est tourné en 16mm, les couleurs vivent tranchant avec la morgue du décor, mais une caméra super 8 est également au cœur du récit et des images vidéos à l’arrache viennent se buter au grain de la pellicule. Peut-être pour la première fois, ce n’est pas plus tant le plaisir de la provocation qui anime son cinéaste, mais celle d’exprimer une intime et profonde douleur derrière les images d’araignées en plastique et de squelette de carnaval. Une sorte d’offrande à tous ceux sidérés par la perte, comment l’on s’en relève… et parfois comme on ne s’en relève pas. Et marier ainsi le kitsch le plus aérien au romantisme gothique qui tâche, beau mariage bien résumé par la cohabitation entre la BO biscornue de Carnival of Souls et de Jeane Manson!

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