« Vortex » de Gaspar Noe en Blu-ray: la vie est une courte fête qui sera vite oubliée

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Racontant les derniers jours d’un couple dont la femme perd la tête, Vortex est terriblement touchant et résume tous les précédents de Gaspar Noe. Sa sortie en Blu-ray chez Wild Side Vidéo est l’occasion de le (re)découvrir.

Ceux qui s’attendaient à un remake tapageur du Amour de Michael Haneke par le réalisateur de Irréversible ont pu être déroutés. C’est tout l’inverse, soit un film à la fois très doux (on y parle de rêve, de mémoire, de cinéma) et très cruel (la fin est connue de tous) où sont réunis, en couple vieillissant, le réalisateur de Suspiria (Dario Argento, pour ne pas le nommer) et l’actrice de La maman et la putain, l’un des films préférés de Noé (Françoise Lebrun). Ensemble, dans un lit. Une nuit paisible. Puis une détonation, quelque chose se passe dans la tête de la femme jouée par Françoise Lebrun, qui, à ce moment-là, perd la tête, et l’écran de se scinder en deux.

Vortex ne racontera que la lente et douloureuse scission d’un couple âgé, ses derniers jours. Il fallait bien cette durée (2h22) pour raconter ce quotidien, cette rouille, ce déraillement. Cette fichue culture aussi, dont on se sert comme rempart face à l’horreur du monde, et qui n’y peut rien, ne protège plus. Elle, Françoise Lebrun, soudain perdue chez elle, soutenue par son fils (Alex Lutz, père junkie d’un petit garçon); lui, Dario Argento, qui se rattache à ses illusions et rêve de nouveaux films s’ouvrant avec les vers d’un poème de Edgar Allan Poe, exactement comme dans Pique-Nique à Hanging Rock de Peter Weir (« Laisse-moi t’embrasser sur le front / Et maintenant que je te quitte, Laisse-moi t’avouer ceci: / Tu n’as pas tort, toi qui estimes / Que mes jours ont été un rêve; / Mais si l’espoir s’est envolé / En une nuit, ou en un jour, / Dans une vision, ou dans aucune / N’a-t-il pas moins disparu? / Tout ce que nous voyons ou paraissons / N’est qu’un rêve dans un rêve« ).

C’est le film le plus émouvant de son auteur, l’un de ses plus beaux aussi, où les grands mouvements de caméra sont suffisamment rares pour faire tourner la tête lorsqu’ils surgissent et où résonne longtemps dans la ville une chanson triste et belle de Françoise Hardy (Mon amie la rose, dont on réécoutera attentivement les paroles), qu’on entend au début. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur cette expérience, on vous conseille notre interview du cinéaste réalisée avant la présentation de Vortex au Festival de Cannes. En bonus: deux scènes coupées et un entretien avec Dario Argento et Gaspar Noé de 12 minutes. On y apprend notamment que c’est le lendemain de la fin du tournage de Vortex qu’il a commencé le tournage de son giallo Occhiali neri. A.V.

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