[«V» : THE HOT ONE] Robert McCallum, 1978

Wild Side avait sorti ce V : The Hot One dans une collection érotico-cuculte célébrant l’âge d’or du cinéma X américain il y a quelques années (c’était quand? Hier? Un jour? Une éternité?) et notre regard de pervers affuté avait tranché : ce film-là, également connu sous le titre «Jeux sexuels d’une jeune fille gourmande» faisait partie du haut du panier.

PAR ROMAIN LE VERN

V, c’est Valérie, Valoche pour les intimes, une bourgeoise mariée à un avocat riche, atrabilaire et débordé (John Leslie, ici acteur et futur réalisateur du culte La chatte 2 ayant fait les belles nuits du porno sur Canal+), ravagée par l’ennui, travaillée par des pulsions obscures. Abandonnée, elle se sent frustrée, d’autant qu’elle ressasse une culpabilité latente. Celle d’une petite fille effrayée par sa maman qui, l’ayant fauchée dans une position fâcheuse, lui prédisait une vie dissolue. Le temps d’un dîner avec un couple d’amis, Valoche apprend qu’une de ses anciennes amies est devenue call-girl. Intriguée, un peu honteuse, un peu excitée, elle tente une expérience, puis d’autres et, y prenant goût, veut passer de l’autre côté du miroir et devenir à son tour la call-girl de luxe prenant son pied dans la maison de passe de Madame Jolinda (Kay Parker!). Attention toutefois aux allers simples.

La singularité de ce V venait partiellement de l’identité de son réalisateur Robert McCallum, alias Gary Graver, chef-op ayant œuvré pour Orson Welles et Roger Corman. Dans les années 70, il avait tourné un premier porno comme on participe à une orgie, un trip physique et métaphysique, et en même temps parce que c’était la mode. Il s’intitulait 3 A.M. (1975) et ce qu’il avait de mémorable n’était pas tant ses scènes de cul, hormis celle des «deux lesbiennes sous la douche» montée par Orson Welles himself, mais la mélancolie inhérente à la super actrice Georgina Spelvin, parcourant le récit sans en avoir l’air et son final, pas loin du tragique. Est-ce pour cette raison que V : The Hot One, sa deuxième expérience dans le porno, fait aussi bonne impression, semblant bénéficier d’un soin particulier autant dans la technicité que dans la narration?

De toute évidence, V : The Hot One appartient à ces films X qui ont tenté de mettre du I dans leur Q, comprendre une greffe entre boulard et film d’auteur, jouant sur la découverte progressive du désir de Valérie, avec différentes étapes à franchir, de l’intérieur à l’extérieur, de l’exhibition à la fenêtre pour exciter le voisin au plan à trois dans le cinéma porno. Le fantasme devient peu-à-peu réel. L’excitation, exponentielle. Et, pourtant, Valérie n’en tire aucune joie, aucun épanouissement. C’est la morale un peu triste de ce film, rigoureusement construit, nous apparaissant surtout comme guidé par une influence cinéphile : Belle de Jour de Luis Buñuel (1967), adaptation d’un roman éponyme de Joseph Kessel datant de 1928 que le surréaliste abhorrait, dans laquelle Cathy Deneuve jouait froide comme la vertu.

A la place de la froide Cathy, on a droit à la chaude Annette Haven, qui naguère avait tapé dans l’œil d’un certain Brian De Palma, jamais en retard sur ce genre de coups. Bridée puis dévergondée comme Valérie, l’actrice avait subi l’éducation drastique d’une famille de mormons avant de se lancer dans le grand bain du X. Entourée d’acteurs certes moins prestigieux que ceux de Belle de Jour mais non moins téméraires (John Leslie, Paul Thomas, John Seeman), elle se révélait aussi très jolie et savait être un minimum convaincante dans les scènes disons traditionnelles comme les séquences dites de cul. C’est, à dire vrai, tout ce qu’on lui demandait à l’époque et là-dessus, force est de reconnaître que c’était mission accomplie. A l’image de l’actrice, la bourgeoise était simple, digne et classe en toutes circonstances, le temps d’une masturbation, d’une fellation ou d’une pénétration, assumant jusqu’au bout ses fantasmes – à tel point qu’à la fin, elle disait fuck aux bourgeois et assumait son statut de nympho.

Ce genre de réussite notable, plus sensible que le tout-venant, a de quoi calmer les ardeurs de nos arrogants cinéastes actuels persuadés d’inventer une nouvelle forme de cinéma tradi-porno alors que les réalisateurs des années 70 y pensaient et le faisaient déjà. A l’instar de notre Mocky national qui ces années-là, sous un pseudo (Serge Bateman) et avec un masque (de Batman), avait bien réalisé son porno, Ma Couille qu’il s’appelait, invisible et bloqué depuis des décennies car une star de l’époque y tenait le premier rôle…

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