Ultime retour à Twin Peaks. Ressortie des limbes au milieu des années 2010 par ses créateurs David Lynch et Mark Frost, diffusée il y a déjà 4 ans sur Showtime, la troisième saison de Twin Peaks, la mal-nommée «The Return», reste encore aujourd’hui l’œuvre cinématographique et audiovisuelle la plus marquante de ces dernières années. Il fallait donc se replonger dans ce grand fracas chaotique d’images une dernière fois, explorer ses thématiques et ses motifs visuels, et se perdre. Épisode 7.
« Do you know what skype is, doc? »
Le rapport des seniors aux nouvelles technologies est devenue ces dernières années un gimmick comique facile et usé. Pour une œuvre qui fait du vieillissement de ses personnages un de ses grands thèmes, il fallait s’attendre à ce que Lynch et Frost propose des scènes du genre. Sans surprise, ils le font avec malice et finesse. Dans l’épisode 7, le shérif Truman cherche à obtenir des informations sur Dale Cooper, notamment sur son dernier séjour à Twin Peaks. Il appelle le Docteur Hayward, qui est la dernière personne à l’avoir vu, après qu’il a été hospitalisé à la fin des évènements de la deuxième saison. Alors que la séquence aurait pu se cantonner à un échange téléphonique, le shérif Truman propose à son interlocuteur de l’appeler en visioconférence via Skype. La scène aurait pu tourner au délire moqueur sur le troisième âge, mais les auteurs nous surprennent en faisant du Docteur Hayward un utilisateur aguerri du logiciel, qui continue d’ailleurs à diagnostiquer des maladies « sans lever le cul de sa chaise ». Sans nier le principe comique de cette séquence et ce qu’elle apporte au discours de la série sur la vieillesse, elle permet également de revoir une dernière fois à l’écran Warren Frost, l’interprète du Docteur Hayward, et père de Mark Frost. Gravement malade au moment du tournage, il décède peu avant la diffusion des épisodes. On devine que la scène a été tournée telle quelle, sans tricherie.
« It’s good to see you again, Diane. »
L’épisode 7 contient l’une des scènes les plus effrayantes de toute la troisième saison. Dénuée d’effets gores ou horrifiques, elle confronte Diane (Laura Dern) à Mister C, le doppelganger de Dale Cooper (Kyle MacLachlan), dans une prison du Dakota du Sud. ils ont plongés dans le noir, séparés par une vitre et un volet de fer automatique, la séquence prend place dans une atmosphère irréelle et cauchemardesque. Si au départ on ne comprend pas bien les enjeux de cette rencontre, la crispation de Diane, puis les premiers échanges, révèlent à demi-mot l’inavouable vérité: Diane a été violée par Mister C./Dale Cooper. Bien que le mot « viol » ne soit jamais employé, la mise en scène, le jeu des acteurs et les silences font transparaître l’existence de l’indicible évènement. Au fur et à mesure que la vérité se dévoile et que l’émotion chez Diane affleure devant le déni de son interlocuteur, l’échelle des plans se resserre autour de leur visage, comme un étau, jusqu’au regard caméra de Diane.
Diffusée pendant l’été 2017, Twin Peaks The Return se conclut quelques semaines avant l’explosion du mouvement #MeToo et les révélations sur Harvey Weinstein. La série n’anticipe en rien ces évènements qui vont, entre autres, bouleverser Hollywood, mais on ne peut s’empêcher de voir dans l’œuvre de Lynch et Frost, marquée par la violence des hommes sur les femmes, comme un signe précurseur de l’orage.

« Whores, pure and simple! »
Le Roadhouse est depuis le deuxième épisode déjà le nouveau lieu central de la série (en lieu et place du Double R Diner lors des précédentes saisons), auquel on revient inlassablement, comme une respiration dans le récit, pour écouter une chanson, et qui n’a pas d’autres enjeux que d’exprimer une durée. Dans l’épisode 7, Lynch ne nous convie plus à concert. Il réduit l’habituel numéro musical à un plan fixe de plusieurs minutes, dans lequel un employé balaie la salle sur la quasi-intégralité du morceau Green Onions de Booker T and The MGs. Une séquence jugée frustrante par certains, qui laisse pourtant apprécier un pur bloc de durée aux spectateurs, avant que le récit ne refasse irruption par l’intermédiaire d’un coup de téléphone adressé à Jean-Michel Renault, qui nous rappelle vite sa légendaire vulgarité (« De vraies putes »). M.B.
