Invité régulier des nuits opaques et frémissantes de La Cinq et de RTL9, The Gate (aka La Fissure de par chez nous) a mis du temps à se faire une place chez les fantasticophiles, souvent réduit à un festival d’effets spéciaux trop spooky pour les mioches et trop mioche pour les adultes. Sauf que SURPRISE, jamais on ne reniera l’infime plaisir de se débrancher le cerveau devant de la bonne pop-corn horror des 80’s.
Aux côtés de Gremlins, The Monster Squad ou de La foire des ténèbres, le titre mésestimé de Tibor Takacs (auquel on devra un très sympathique Lectures Diaboliques, sacré voleur de grand prix à Avoriaz en 1990) fait partie du club très privé de ces rares et improbables (vraiment?) «films d’horreur pour enfants». Tripotant la mauvaise formule magique au mauvais moment et au mauvais endroit comme les héros de Evil Dead, des gosses ouvrent une porte de l’enfer dans leur jardin, faisant déferler démons et revenants aux alentours. Gamin débrouillard à vélo et pavillons douillets («le village est gentil» comme dirait Thérèse): l’esthétique Amblin est recyclée au service de visions infernales parfois plus baroques encore que l’au-delà gluant de Poltergeist (autre film d’horreur grand public dont la classification brutale s’est chargée de remettre les choses dans l’ordre), avec qui il partage un sadisme non dissimulé à illustrer des terreurs bien enfantines (monstre dissimulé sous le lit ou dans un placard, bruits suspects à la nuit tombée, grattements dans les murs…).
Les héros hauts comme trois pommes (dont le débutant Stephen Dorff, un petit goth à lunettes et un trio d’arrogantes prêtes à «let’s go to the mall») ont beau s’agiter comme dans une mauvaise sitcom, rien ne saurait atténuer l’atmosphère profondément inquiétante qui chope à la glotte dès le générique, généreusement inondé de nappes de synthés cheloues comme un mauvais rêve. Le soin quasi-maniaque apporté au bestiaire et aux nombreux effets spéciaux, avec un festival de matte paintings, de stop-motion, de perspective forcées, et moult bons hommes en costumes, force encore le respect en termes de créativité et d’étrangeté. Comme cette divinité lovecraftienne géante en guise de boss final ou les tableaux de fin du monde qui irradient la dernière partie du film, foire aux effets très spéciaux débordante d’une poésie interdite dans le paysage actuel du tout CGI. Drôlement imaginative et même étonnamment effrayante, cette série B démoniaque se porte toujours comme un charme… contrairement à sa suite tardive qui ne retiendra aucune leçon de son modèle, malgré la présence du même réalisateur aux commandes.

