Pouvait-il vraiment y échapper!? Le futur lauréat du César 2024 (meilleur espoir masculin ? meilleur acteur? et pour quel film parmi la demi-douzaine sortie cette année?) est évidemment à son aise dans notre panel des stars Chaos de l’année, trônant à quelques milliers de kilomètres au-dessus des autres acteurs de sa génération, biberonnés à un formatage télévisuel qui ne peut qu’avantager celui qui a cette année fait péter les bordures du cadre!
Voilà désormais quatre ans qu’on voit cette élégante carcasse s’ébaudir dans le cinéma français, où l’homme a commencé par collectionner les apparitions plus que furtives (Zombi Child, La Daronne, Mandibules, Vaurien, et même Les Olympiades de Jacques Audiard: qu’est-ce qu’il jouait déjà!?) après avoir blindé sa bande-démo de faux titres de films et de cinéastes imaginaires, histoire d’appâter le chaland-chasseur de têtes. C’est dans la série HP qu’il glanera sa première récompense, avant de briller dans Les Mauvais garçons d’Elie Girard, un moyen-métrage qui donne paradoxalement beaucoup plus de place à ses acteurs que 95% des longs qui inondent chaque mercredi nos écrans (César du meilleur court métrage 2022, à revoir ces jours-ci sur le site d’Arte).
Les deux films surprises Chien de la casse et Yannick (le premier n’a pas eu les faveurs d’un festival de catégorie A en dépit d’évidentes qualités / le second est un budget supra-serré tourné entre deux dupieuseries de plus volumineux calibre) viendront confirmer la tendance, en créant des dispositifs où cet impatient disciple de Dewaere occupe d’abord la marge avant de rallier le centre de la scène… Quitte à désormais vampiriser n’importe quel plateau télé ou cénacle festivalier (on se souvient d’ailleurs très bien comment le souriant gendre idéal du cinéma d’auteur français se faisait tirer la manche par des mamies et autres rombières en canotier du 8ᵉ arrondissement lors du dernier Champs-Élysées Film Festival)!
« Je ne compte plus le nombre de punchlines que je pensais énormes et que les gens n’ont pas gardées au montage. Ça arrive pour à peu près tous les films. Soudain, je m’enflamme et je me prends pour le réal ». C’est peut-être le risque qui guette avec cette exposition aussi soudaine qu’unanime: s’enfermer dans un costume de bon client que le concert environnant d’approbations risquerait de faire tourner à vide. On compte sur l’intelligence encore fraîche du bonhomme (32 ans seulement!) pour ne pas tomber dans le piège. G.R.
