« L’innocence » de Hirokazu Kore-eda: trop appliqué et trop illustratif pour nous ravager

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Le comportement du jeune Minato est de plus en plus préoccupant. Sa mère, qui l’élève seule depuis la mort de son époux, décide de confronter l’équipe éducative de l’école de son fils. Tout semble désigner le professeur de Minato comme responsable des problèmes rencontrés par le jeune garçon. Mais au fur et à mesure que l’histoire se déroule à travers les yeux de la mère, du professeur et de l’enfant, la vérité se révèle bien plus complexe et nuancée que ce que chacun avait anticipé au départ…

On aurait préféré ne rien savoir sur ce pitch, qui en dit déjà beaucoup sur l’intention du cinéaste palmé (de façon méritée) en 2018 avec Shoplifters. Après un cataclysme tricolore tourné en français (La Vérité, où le pauvre Ethan Hawke se demandait vraiment ce qu’il fichait là) et une escapade coréenne l’an dernier (Les Bonnes étoiles), Kore-Eda nous livre ici un film « attendu », terme qui entend deux acceptions selon le Petit Robert: 1. Qui suscite de l’attente; 2. Qui est bien trop conforme à ce qu’on attend de lui. C’est probablement la seconde option qui sied le mieux à ce nouvel opus, qui commence pourtant avec un mauvais esprit bienvenu: la maman du petit Minato qui menace d’en coller une à des encadrants pédagogiques zombifiés lors d’une réunion que l’ami Kafka aurait bien goûté, le môme qui nous fait une « Greta Gerwig » en voiture, à savoir menacer de s’affaler sur le bitume pendant que maman conduit…

Le chemin du film s’écartera pourtant de cette pente, s’ingéniant à redistribuer les points de vue en cours de film – on comprend par exemple que le professeur à la réputation bien légère avec les femmes est moins monstrueux que ce nous promet l’amorce du film – une redistribution qui est un peu le fil rouge-cousu-de-fil-blanc de ce film qui prend l’adage renoirien (selon lequel chacun a ses raisons) d’une façon bien trop appliquée et illustrative pour que nous en soyons réellement saisis sur le plan émotionnel. Reste un étrange morceau flirtant par moment avec le surnaturel, vite désamorcé, hélas, par le score archi-sirupeux du compositeur du film, dont on découvrira, effaré, pendant le générique de fin qu’il s’agit en fait de… Ryūichi Sakamoto! G.R.

27 décembre 2023 en salle / 2h 06min / Drame, Thriller
De Hirokazu Kore-eda
Scn Yuji Sakamoto
Avec Sakura Andô, Eita Nagayama, Soya Kurokawa
Titre original Kaibutsu

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