[STAR CHAOS 2019] SAM LEVINSTON

Au cinéma, les fistons qui veulent faire comme leur padre (citons les progénitures de Michael Mann, David Cronenberg ou David Lynch), franchement, ça donne un peu envie de faire la sieste. Mais ceux qui ont appris à créer la surprise et à ne pas suivre les pas du papa comme Sam Levinson, on en veut bien tous les matins!

Rien de chaos à priori chez Barry Levinson premier du nom, du cinéma un peu pantoufle en surface (Good Morning Vietnam, Bugsy ou Rain Man) parfois adepte de la sortie de route hollywoodienne, comme avec le fabuleux Le secret de la pyramide, le bizarroïde Toys, l’efficace et modeste The Bay ou encore l’hilarious Harcèlement (mais ça c’est notre côté pervers). Ayant vite fait de zapper une carrière d’acteur, fiston Levinson ouvre les festivités à 25 piges seulement avec Another Happy Day en 2011, où il se plaît à filmer une réunion de famille qui tourne mal. Débusquant au passage l’agité Ezra Miller (qui tournait la même année We need to talk about Kevin), Levinson n’a pas peur d’asperger les murs des petits maisons américaines d’acide corrosif, et on se dit qu’on va bien l’aimer. Il faudra attendre 2018 pour le revoir fracasser les portes avec une belle surprise du nom d’Assassination Nation, cachant quelque chose d’assez fou et inédit derrière ses airs de Tarantinade (ce qu’il n’est pas), la comparaison s’arrêtant à la fascination pour les films de Pinky Violence. La ville de Salem y revit une chasse aux sorcières d’un autre genre dans un film-éponge absorbant toutes les dérives salées qui pourrissent notre époque. Beaucoup ont accusé le spectacle d’être beaucoup trop woke pour son propre bien, comme élevé par l’idée de faire un SJW the movie… les mêmes portant sans doute un blason «on ne peut plus rien dire» ou froissés par l’idée d’une misandrie pourtant bien légitime. À la fois film de genre réglo et tendu, et teen movie acharné, on se dit que le petit Levinson a de la rage à revendre. Et il va nous en faire bouffer, condensant tous les thèmes abordés dans son long-métrage pour revenir à la hauteur d’un coming out of age plus terre à terre: avec Euphoria, il délaisse l’énergie MTV parfois un peu facile et les revendications musclés de son opus précédent pour un voyage très noir au bout de l’adolescence. Une route où se croise la radicalité nauséeuse de Larry Clark et la fantasmagorie mélancolique de Greg Araki, se singeant d’ailleurs au même moment à la télévision avec un Now Apocalypse mort-né.

Dans une forme aussi étouffante que vertigineuse, Levinson gratte les plaies autant qu’il les raccommode, lacère les mécanismes sexistes ou homophobes, explore l’addiction, la dépression, la masculinité toxique ou les violences conjugales… mais au dessous des 20 balais. Netflix pensait avoir le monopole du teen drama (l’atroce 13 reasons why, l’improbable Riverdale ou le joyful Sex Education), HBO offre la réponse la plus terrassante qui soit avec le show de Levinson. Sous les paillettes mouillées de larmes, le bonhomme compose une symphonie entièrement vouée à une génération Z sous-estimée, qui aura fort à faire dans un monde littéralement au bord du gouffre. Au final, Sam Levinson ne s’est pas contenté de marquer notre été, et apporte le tournant amer vers une nouvelle décennie. Fin du monde ou début d’un renouveau, wait & see…

 

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