Silent Night qui marque le retour de John Woo (77 ans) après six ans d’absence au cinéma – son dernier Manhunt, en 2017, était de triste mémoire – et après vingt ans d’absence dans le cinéma US – son Paycheck, en 2003, en pilotage automatique. La bande-annonce (hallucinante, même s’il ne s’agit que d’une BA), donne le ton, avec son scénario qui tient sur un confetti (un père de famille perd son fils et venge sa mort), une mise en scène qui promet de rivaliser d’inventivité et un concept aussi simple qu’efficace (un film qui se déroule sur une nuit, sans dialogue). Et si on assistait ENFIN au grand retour du grand John Woo?
Le Syndicat du crime (1986), The Killer (1989), Une balle dans la tête (1990), À toute épreuve (1994)… Oui, cette énumération donne le tournis et on pourrait la poursuivre, sans peine. Puis, à l’approche de la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997, une diaspora dépeuplait le cinéma de l’ex-colonie britannique de ses plus brillants artisans. Parmi eux, John Woo a tenté l’expérience Hollywoodienne et donc une déterritorialisation de son cinéma avec un message on ne peut plus explicite (la double identité de Volte-face en 1997: l’apparence change, l’âme reste), mais conduite avec le recul avec un bonheur vraiment inégal, jusqu’à l’indigent Paycheck avec Ben Affleck en 2003. Ainsi, 20 ans plus tard, le temps où John Woo était considéré comme réalisateur emblématique de l’action semble un peu lointain, et ce, même si retomber sur un film de Woo de l’époque faste rappelle à quel point son cinéma reste clairement au-dessus de la moyenne.
Ainsi, un simple visionnage de la bande-annonce de Silent Night, son nouveau film, donne l’impression, à confirmer bien sûr, mais si prometteuse, que le réalisateur de 77 ans a ENFIN retrouvé la niaque un peu perdue depuis… Depuis quand au fait? Si l’on se prend de passion pour ce que dévoile cette bande-annonce passée au shaker, sans préjuger du résultat final (c’est juste de l’excitation et c’est bon!), c’est parce qu’on ne s’est jamais remis, comme Woo au fond, du cinéma de Hong-Kong des années 85-95 (sa verve opératique, son lyrisme abstrait, ses gunfights urbains) et qu’on espère la retrouver (pour Christophe Gans, cette ambiance-là se situe désormais du côté de l’Inde et de S.S. Rajamouli – cf. son entretien dans Starfix). On espère maintenant que ladite impression suivra sur toute la durée du prochain film de John Woo, afin de faire la différence avec les films d’action actuels manufacturés par des infatués qui ont pris le lead. Mais… on y croit fort.
L’acteur Joel Kinnaman (The Suicide Squad, 2021), qui semble très très investi dans ce rôle émotionnel et physique, incarne le père de famille ivre de vengeance depuis qu’on a tué son enfant, et il n’aura que ses expressions désespérées pour défendre ce personnage flingué par la tristesse et mû par la vengeance: pas le moindre dialogue ne sortira de sa bouche! C’est le principe du film d’action à détresse muette, la rage destructrice qui paraît animer le film se nourrit probablement d’amertume; et c’est d’ailleurs cette absence de dialogue qui a convaincu le cinéaste de s’y atteler, avouant dans un entretien réalisé en 2022 par Deadline, que sa motivation pour faire ce film était liée au fait qu’il ne recevait aucun projet véritablement intéressant en Chine (sa dernière réalisation remonte à 2017 avec Manhunt): « Lorsque j’ai reçu le scénario de Silent Night de la part de Thunder Road [les producteurs de John Wick, NDLR], je l’ai trouvé très unique et je l’ai adoré. Ce qui m’a attiré, c’est que le scénario ne comporte aucun dialogue – tout le film est totalement visuel, vous utilisez des images, du son et de la musique pour raconter l’histoire – et pour moi, c’est quelque chose d’assez nouveau. Si j’étais resté en Chine, j’aurais probablement continué à faire les mêmes choses, un autre film de guerre ou d’action, alors même si ce film a un petit budget et un calendrier serré, cela me convenait. J’ai également pu travailler avec un acteur merveilleux en la personne de Joel Kinnaman ».
Attendu dans les salles US le 1er décembre aux États-Unis, le long métrage n’a pas encore de date de sortie en France, ce sera un bon test avant son remake de The Killer, son chef-d’œuvre funèbre et définitif qui l’a lancé sur la scène internationale en 1989, calibré pour être diffusé sur le service de streaming américain Peacock (« L’histoire est similaire à The Killer, mais ce sera plus une histoire d’amitié qu’une histoire d’amour », assure John Woo). Mais on croise les doigts! Sinon, on traversera l’Atlantique, tant pis!
