«Shining Sex» de Jess Franco: par le pouvoir du sexe ancestral!

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Shining Sex de Jess Franco démontre que le corps à corps peut être mortel et servir de sombres desseins. Si l’on était dans le cadre d’un traité philosophique, on pourrait titrer «De la vulve comme arme meurtrière». Vous découvrirez pourquoi en mettant la main sur l’édition DVD/Blu-ray sortie par notre ourson préféré (Artus Films).

Shining Sex (La Fille au Sexe Brillant) de Jess Franco était sorti en Italie sous le titre Piaceri erotici di una signora bene (1976), avant de tracer sa route dans les cinémas de quartier français dès le 8 juin 1977. À l’étape du scénario, le projet portait le nom de L’Opale de Feu, une histoire originale qui avait germé dans l’esprit de Franco. Elle avait ensuite été adaptée pour l’écran par Pierre-Claude Garnier et Daniel Lesœur. Auteur du scénario original du somptueux Au Service du Diable (1971) de Jean Brismée, Garnier a réalisé Le Tango de la Perversion (1974), où l’on retrouve la ravissante Joëlle Cœur (Les Démoniaques). Il aurait aussi participé à l’écriture du script du Lady Porno (Midnight Party, 1976) de Jess Franco.

Les Lesœur (Marius, le père et Daniel, le fils) avaient quant à eux coproduit Shining Sex par le biais de leur société Eurociné. Ils ont souvent collaboré avec Franco et appréciaient tout particulièrement sa faculté à tourner vite, ainsi que son habileté à gérer le tournage de plusieurs films en même temps (ils employaient les mêmes décors, comédien(nes), etc.). Pour les Lesœur qui, selon certaines sources, étaient pingres comme pas permis, c’était réaliser de sacrées économies!

Visages du Bis
Avoir cité Lady Porno n’est pas anodin, car on y retrouve trois des principaux acteurs de Shining Sex : Lina Romay, égérie de la deuxième partie de carrière de Jess Franco (sa première muse étant Soledad Miranda) et compagne du cinéaste, la «Bis-starlette» Monica Swinn, que les bissophiles connaissent bien pour l’avoir admirée dans des œuvres telles La Comtesse Noire (Jess Franco, 1973), Draguse ou le Manoir Infernal (Patrice Rhomm, 1976) – qui vient d’être exhumé par Vinegar Syndrome – ou encore Train Spécial pour Hitler (Alain Payet, 1977), et Olivier Mathot, à l’affiche d’une palanquée de films bis (L’Archisexe, Elsa Fräulein SS, Le Sadique de Notre-Dame…). Les fins gourmets se souviendront qu’il apparaît également dans des rôles soft au sein de productions pornos. Pour le plaisir, citons La Fessée ou Les Mémoires de Monsieur Léon, Maître-Fesseur (Claude Bernard-Aubert aka Burd Tranbaree, 1976) et Dans la Chaleur de Saint-Tropez (Gérard Kikoïne, 1982), dans lequel il incarne le père de Patinette/Marilyn Jess.

Dans Shining Sex, Alpha, l’alien à forme féminine, prend les traits d’Evelyne Scott (une des protagonistes de L’Amour à la Bouche, premier film (co)réalisé par Kikoïne), tandis qu’Andros, son esclave humain, est Raymond Hardy, un abonné aux seconds rôles chez Jess Franco (Célestine… Bonne à tout faire, Les Possédées du Diable, Les Nuits Brûlantes de Linda, Sadomania…).

Ero Trip
D’emblée, Shining Sex dégage une forme de légèreté – voire même de candeur – et d’érotisme joyeux, qui dérive peu à peu vers quelque chose de plus mortifère. Très impudique, la caméra s’approche au plus près de la peau de Lina Romay et s’attarde sur les moindres détails de son anatomie, jusqu’à zoomer sur son pubis totalement épilé. On le sait, de nombreuses œuvres de Franco se trouvent à la lisière du hard et cela sans même prendre en compte les copies truffées d’inserts pornos, réservées à certains pays (de ce temps-là, pour ce qui est des films bis, le procédé était courant et des distributeurs s’en étaient fait une spécialité-NDR). Le cut exploité par Artus Films ne contient aucun de ces plans explicites rajoutés à postériori, mais tout de même un cunni administré à Lina Romay, qui ne semble pas simulé.

Comme dans bon nombre de films de Jess Franco pendant les 70’s, il émane de La Fille au Sexe Brillant une fascination pour la beauté juvénile de Lina Romay et son ingénuité si charmante. Le pygmalion n’hésite pas à délaisser son intrigue pour mieux tenter de percer les mystères de la sensualité de son héroïne. Il préfère parfois scruter le moindre cm de son corps et partir dans des improvisations jazzy où il étire le temps (la scène de danse inaugurale dans un bar sélect en est un exemple frappant). Suivant les œuvres et les séquences, cette propension naturelle de Franco – elle fait partie intégrante de son style – confine à la transe. Voilà bien ce qui irrite pas mal de cinéphiles, mais réjouit les indécrottables «francophiles».

Chez l’Oncle Jess, ce même principe régit les scènes de sexe, à l’instar de la première étreinte saphique – assez bizarroïde – entre Cynthia (Lina Romay) et Alpha (Evelyne Scott). Et c’est dans les béances du récit et ses errances que s’insinue la plus grande étrangeté, renforcée par la B.O. de Daniel White (Le Lac des Morts-Vivants). Elle culmine lors des incantations de Madame Pécame (Monica Swinn), la prêtresse haute en couleur que vient trouver Cynthia du côté des remparts du Château des Guilhem, ou encore durant la partie de baise entre Alpha et son serviteur (Raymond Hardy). Par contre, les interventions hallucinées du Docteur Seward (Jess Franco himself) sont d’un ridicule avéré.

L’architecture du désir
Il y aurait un ouvrage entier à consacrer à la mise en valeur des décors et de l’architecture dans le cinéma de Jess Franco. Du territoire espagnol, on connaît son amour pour la ville d’Alicante et on se remémorera volontiers l’utilisation de magnifiques propriétés de Calpe. Pour sa part, Shining Sex a essentiellement été tourné près de la côte méditerranéenne, à la Grande-Motte (cf. architecture moderne très caractéristique), mais aussi très vraisemblablement en Camargue (les scènes impliquant Olivier Mathot), alors qu’une scène-pivot prend place au Château des Guilhem (un château-fort de la commune de Clermont-l’Hérault-NDR).

Ultime curiosité, Franco aurait réalisé une variation autour de Shining Sex, marquée par les ravages du sida : Sida, la peste del siglo XX (1986), mais il n’en resterait aucune trace… Le combo digipack DVD/Blu-ray, sorti par Artus Films dans un très beau fourreau cartonné, propose en bonus : une bande-annonce originale (américaine) et un diaporama d’affiches/photos, mais surtout deux interventions passionnantes. Une présentation par Daniel Lesœur d’Eurociné et une analyse du film par le spécialiste Stéphane Du Mesnildot, ancien journaliste aux Cahiers du Cinéma. Rappelons qu’il est l’auteur de Jess Franco – Énergies du Fantasme (Rouge Profond, 2004). A.D.

NB : Au sujet de la firme Eurociné, je ne peux que vous conseiller l’excellent documentaire de Christophe Bier Eurociné 33 Champs-Elysées (2013).

 

2 Commentaires

  1. À noter : à l’époque de « Shining Sex », Lina Romay n’était pas encore l’épouse de Jess Franco. Elle allait le devenir un peu plus tard et Franco n’aura de cesse de la filmer pendant environ 40 ans (voilà pourquoi j’écris dans l’article « compagne du cinéaste », en regard de leur parcours en commun).

    Au moment du tournage de « La Fille au Sexe Brillant », Romay était en couple avec Raymond Hardy (Andros, l’esclave d’Alpha dans « Shining Sex ») qui, au fil de sa carrière, a beaucoup tourné pour Jess et était devenu un fidèle acteur de second rôle de ses films. À l’origine, il était photographe de plateau.

    Sa relation d’alors avec Lina explique pourquoi les scènes de sexe entre leurs deux personnages ont pu être si poussées (on est au-delà du jeu et certaines choses ne sont visiblement pas simulées, à l’image d’un cunnilingus).

  2. Erratum : à l’inverse de ce qui est affirmé par certaines sources et repris dans mon article, « L’Opale de Feu » serait plutôt le titre de travail de « Deux espionnes avec un petit slip à fleurs » (Jess Franco, 1980), qui porterait le nom de « Deux espionnes au soleil » dans une version moins généreuse en nudité.

    « L’Opale de Feu » renvoie tout autant à la bague qu’utilise Irina Forbes (Joëlle Le Quément) pour hypnotiser ses victimes (cf. les femmes que son comparse et elle kidnappent pour les livrer à des millionnaires) qu’au titre espagnol du film (« Ópalo de Fuego: Mercaderes del Sexo »).

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