Imaginez un peu une star Hollywoodienne enfermée dans une salle de cinéma à New York et obligée de regarder l’intégralité de sa très inégale filmographie. Avec cette performance Warholienne SUPER CHAOS, SHIA LABOEUF réalise peut-être le meilleur rôle de sa carrière. A l’heure où l’on se parle, il doit encore se fader Charlie’s Angels Full Throttle et Dumb and Dumberer ; et vu la tête qu’il fait, il est dans un état proche de l’Ohio. Question : SHIA, acteur CHAOS de l’année?
Shia LaBeouf est en passe de devenir notre acteur chaos fétiche de l’univers. Pas peu fier d’avoir joué dans LE FILM LE PLUS CHAOS DE 2014, Shia se croit dans INLAND EMPIRE de David Lynch en racontant en live, comme une immense œuvre d’art, sa détestation de l’industrie Hollywoodienne et sa volonté de détruire son image publique. Sauf que du cauchemar morbide à la David Lynch, Shia en tire une jouissance et s’affirme comme un artiste exceptionnel, en pleine repentance artistique façon Kerviel. J’ai-allumé-une-cigarette-dans-un-théâtre-lors-de-la-représentation-du-spectacle-«Cabaret», j’ai-été-insupportable-pendant-le-tournage-de-Fury, j’ai-joué-dans-des-mauvais-films, j’ai-plagié- l’auteur-de-BD-Daniel-Clowes-pour-mon-court-métrage-HowardCantour.com, j’ai-fait-une-interview-vidéo-conceptuelle-dans-laquelle-une-journaliste-et-moi-étions-pourvus-d’une-GoPro-sur-le-front- sans-parler-pendant-une-heure, j’ai-ouvert-le-robinet-à-promotion-pendant-les-films, j’ai-cité-Cantona-pendant-une-conférence-de-presse-et-je-suis-parti, j’ai-mis-un-masque-sur-le-visage-pendant-une-avant-première-la-tête-couverte-d’un-sac-en-papier, je-suis-resté-assis- dans-une-galerie-d’art-pour-m’excuser-le-temps-d’une-performance-artistique-#IAMSORRY-à-Los-Angeles-en-février-2014. Bien sûr, tout cela serait très énervant si son insistance à être énervant n’était pas aussi charmante et nourrissait les médias d’aujourd’hui qui ne marchent qu’à ce genre de coups calculés le faisant passer pour un génie. Or, et il le sait pertinemment, Shia n’invente encore une fois rien, des décennies après Andy Warhol et creuse le sillon d’une sympathique escroquerie.
Dernier coup en date : Shia LaBeouf regarde assis dans une salle de cinéma de New York ses propres films en continu dans l’ordre contraire de la chronologie (du plus récent au plus ancien) pendant trois jours d’affilée et un site #AllMyMovies a la bonne idée de retransmettre en direct live 72 heures de réactions. Ainsi, on ne loupe pas une miette de ses expressions (Jeanne Falconetti chez Dreyer peut aller se rhabiller) ni de ses gesticulations (s’il va aux toilettes, s’acheter du pop corn, se remettre un peu de déodorant etc.). Libre à chacun de le rejoindre et donc de s’incruster dans le cadre. C’est d’autant plus coton lorsque comme lui, on a tourné dans Charlie’s Angels Full Throttle, Dumb and Dumberer, un mauvais Indiana Jones et les Transformers. Imaginez un peu la souffrance. Et d’ailleurs, Shia souffre. La preuve pendant Transformers 3 (no joke).
Par chance, il finira ce grand marathon de la mort avec la projection de Nausicaä de la Vallée du Vent de Hayao Miyazaki auquel il a prêté sa voix lors de sa réédition en 2005. Un peu de douceur dans ce monde de bluff.
La vraie question que pose ce grand cirque aux allures d’expérience disséquant la star Hollywoodienne (est-ce que ses yeux sont connectés à son cerveau ? Est-ce qu’elle est capable de sentiments ?), c’est de savoir la voie artistique que souhaite prendre Shia LaBeouf. On ne sait pas très bien encore s’il s’agit d’une blague, d’une dépression ou d’une nécessité de se sentir humain face au double virtuel qu’il contemple sur son bel écran-miroir mais allez savoir pourquoi, on trouve toute cette imposture yolo-narcissique et consciencieuse d’un acteur soucieux grave de sa é-réputation, éminemment sympathique.

