Plus rien n’arrête Chucky qui, cette fois, investit la Maison-Blanche et menace le président des États-Unis. Pour sa troisième saison, l’excellente série de Don Mancini continue dans le joyeux n’importe quoi, tout en continuant à faire montre de plus d’audace que 90% de la production horrifico-fantastique actuelle.
L’increvable Chucky revient avec son humour noir ravageur pour une troisième saison, accompagné des trois personnages très attachants des deux premières: Jake (joué par Zackary Arthur) et Devon (incarné par Bjorgvin Arnarson) qui poursuivent leur relation amoureuse tourmentée et Lexy (interprétée par Alyvia Alyn Lind) qui réalise des vidéos sur TikTok afin de retrouver sa petite sœur, portée disparue à la fin de la saison 2. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, le spectateur n’arrive pas à saturer. On redoutait de, à la fin de la seconde saison, et… toujours pas… Si bien qu’à la fin du quatrième épisode de cette nouvelle saison qui nous laisse avec une image marquante de Chucky métamorphosé (on n’en dit pas plus), on est du coup frustré de ne pas voir la suite – pour être précis, les quatre premiers épisodes de la saison 3 sont présentés en octobre et, grève des scénaristes oblige, les quatre suivants seront présentés dès janvier 2024.
En attendant, on va répéter ce que l’on a déjà dit pour la saison 1 et la saison 2: cette série est la meilleure chose qui soit arrivée à la poupée psychopathe! Pas seulement parce que c’est Grand Guignol, gore, à hurler de rire, politiquement incorrect. Mais aussi pour ses qualités d’écriture, ses idées visuelles (le format 2.0 pour la saison 3), sa facture vintage assumée (Brad Dourif pour doubler Chucky, Jennifer Tilly totalement paumée dans les mises en abyme…) et ses invraisemblables audaces, comme se focaliser sur une sous-intrigue aussi hilarante que sanglante avec une enfant – la virée en taxi de la petite sœur accro à Chucky dans le troisième épisode de la saison 3 – ou encore faire de simples galipettes au niveau du casting: l’acteur Devon Sawa (oui, oui, de Destination Finale) qui interprète le rôle du père du héros ainsi que de son oncle dans la saison 1, revient dans un rôle d’homme d’Église dans la saison 2 et celui du président des États-Unis, dans la saison 3.
À bien réfléchir, ce que la bande derrière Chucky fait ici via Syfy et USA Network est bel et bien ce qu’elle ne pourrait plus trop faire au cinéma. À se demander si tout un cinéma disparu, nonchalant, subversif et inventif, incarné un peu facilement par Roger Corman et qu’on ne cesse de pleurer, n’est pas là réactualisé par la série télévisée, plus alerte, plus libre, plus excessive. Ce qui est sûr, c’est que plus rien n’arrête Chucky dont on accepte la convention qu’en vertu du ton employé par la saga, et surtout, plus rien n’arrête le créateur Don Mancini qui, cette fois, envoie notre adorable poupée psychopathe à la Maison-Blanche. Le tueur en série ayant réussi à tomber dans les bras du petit garçon du président des États-Unis en personne. Ce qui donne lieu à une série de catastrophes tantôt terrifiantes, tantôt comiques et, plus généralement, une succession de meurtres en ce haut-lieu impénétrable et ultra-sécurisé. Mais où Chucky passe sans problème aux bras de l’enfant (ALORS QUE C’EST ÉCRIT SUR SA GUEULE QUE C’EST UN PSYCHOPATHE!!!!). Et s’il parvenait à ses fins et à contrôler le monde?
Évidemment, la série n’a pas l’ampleur pour nous raconter une catastrophe mondiale (c’est plus proche de l’entertainment fauché à la William Castle que de Emmerich, avec un peu trop d’enchaînement de scènes dans des bureaux). Mais tout le charme en revient à ce mauvais esprit salutaire, cet amour fou du mauvais goût, ces démons américains violemment trempés au vitriol, et cette dent dure contre toutes les forces réactionnaires. T.A.
