Un Lac de Philippe Grandrieux est projeté le jeudi 13 janvier à 20h au Cinéma Saint-André des Arts (Paris, 6e) dans le cadre du ClubShellac. Une séance animée par notre journaliste Gautier Roos, en présence du réalisateur.
Alors que ses deux précédentes expérimentations tenaient du cauchemar éveillé (Sombre, La vie nouvelle), Un Lac, troisième long métrage de Philippe Grandrieux, ressemble à un rêve impressionniste tourné en lumière naturelle qui déracine une nouvelle fois le spectateur de ses habitudes. Un flou artistique, à la fois brutal et abstrait. L’histoire est classique, racontée de manière linéaire, compréhensible par tous: une famille composée d’un frère, d’une sœur, d’un petit-frère et de parents fantomatiques vit sur une île et voit sa solitude bouleversée par l’irruption d’un étranger. On retrouve des effets déjà utilisés (flous, lambeaux de lumière froide, bruits d’une rumeur sourde et lointaine, de respirations et de mastications) et le même changement de point de vue (avec la même histoire, un réalisateur plus classique se serait placé du point de vue de l’étranger qui découvre les secrets de cette famille pour alimenter le suspense). C’est un peu la même démarche que dans Sombre, dans lequel un ogre tombait sur une vierge et ne pouvait lui rendre son amour. Sauf que la sexualité n’est plus brutale mais secrètement épanouie. L’écran palpite au rythme des sensations des personnages. Le français devient une langue approximative, intime et universelle; un sabir que seuls les personnages joués par des acteurs russes murmurent. La nature environnante sert de fenêtre vers un ailleurs (motif récurrent chez Grandrieux). Bref, contrairement à ce qui se produisait dans La vie nouvelle, Un Lac part des ténèbres pour retrouver la pureté et quitte les zones d’ombre pour plus de lumière, de blanc et de bleu-gris. Et c’est très bien aussi.


