Schramm est le quatrième long métrage de Jörg Buttgereit et il l’a réalisé environ six ans après le premier Nekromantik. Boucherie chaos.
Dans les années 90, rien ne pouvait arrêter Jörg Buttgereit (Nekromantik), ni la morale, ni la censure, ni vous, ni nous. Personne. Schramm, son quatrième long métrage, n’échappe pas aux us et coutumes du cher cinéma achtung achtung. Comprendre qu’il y a toujours le sempiternel vernis provocateur (un homme qui prend du plaisir en écoutant les ahanements de sa voisine en se vidant avec une poupée gonflable) et sensationnaliste (un pénis cloué en gros plan, un œil énuclée, une dent arrachée) qui fait pousser des petits cris et que l’on rangera volontiers parmi les visions surréalistes d’un Svankmajer. Mais, comme toujours lorsque la provoc recouvre ostensiblement tout l’écran tel un rideau de fumée, il y a aussi une forme riche, un travail bluffant sur le son et l’image, permettant de faire entrer le spectateur de façon traumatisante dans la psyché d’un cerveau malade: celui de Lothar Schramm, un tueur en série, accessoirement chauffeur de taxi et cousin très éloigné de Travis Bickle (Robert de Niro dans Taxi Driver, référence revendiquée par Buttgereit), dont la seule amie est une prostituée qui habite en face de chez lui. Un sinistre serial-killer en proie à la misère sexuelle et sa folie dévastatrice qui le travaille au corps (le corps du personnage principal – son visage, son dos, son ventre, son sexe, ses fesses – est uniformément filmé comme un bout de viande prêt à être torturé, de la même façon que les corps de ses victimes sont corvéables) et à la raison (des flashs, des mouvements de caméra circulaires – une technique que Gyorgy Palfi reprendra d’ailleurs de manière encore plus poussée dans Taxidermie).
Réalisé après le tournage de Nekromantik 2, tournage sur lequel le cinéaste allemand a choppé un ulcère, ce Schramm revisite les codes du film de serial-killer de manière très expérimentale et très immersive, l’action se passe essentiellement dans un appartement stérile, capharnaüm mental du protagoniste où les murs sont repeints en blanc pour masquer le sang qui vient d’éclabousser. La narration est abrupte, le style visuel dérangeant: Schramm adopte la subjectivité et donc les hallucinations du personnage principal englué dans sa bouillie mentale qui peut parfois se matérialise à l’écran de manière littérale et marquante (la créature qui ressemble à un vagin aux dents carnassières). Buttgereit n’a pas peur de maintenir une confusion entre ce qui est réel et ce qui est dans son cerveau, ni même de dévier de sa trajectoire narrative avec de contrepoints inattendus comme lorsqu’il lorgne de façon inattendue vers un univers romantique (les scènes oniriques où le tueur danse une valse et ressemble soudainement à monsieur tout le monde), en opposition à l’anonymat de la ville où on se plombe dans la rue (le quidam qui se suicide), où l’argent naît grâce au sexe sans âme (la scène du restaurant), où les prosélytes recueillent les désespérés de l’existence (les témoins de Jéhovah), où les zones d’ombre restent inexpliquées (la fascination secrète pour l’esthétique nazie). L’homme reste le produit de son environnement. Si vous avez envie de découvrir ce réalisateur à l’univers extrême, c’est assurément vers ce Schramm qu’il faut vous tourner. À ranger aux côtés de Schizophrenia, le tueur de l’ombre de Gerald Kargl et Maniac de William Lustig.
1h 10min | Policier, Epouvante-horreurDe Jörg Buttgereit Avec Florian Koerner von Gustorf, Xaver Schwarzenberger, Michael Brynntrup |
1h 10min | Policier, Epouvante-horreur

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