Romain Gavras, réalisateur de « Athena »: « L’accélération vers le pire, on la ressent un peu partout dans le monde »

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Dans Athena (présenté à la Mostra de Venise et en ligne le 23 septembre sur Netflix), qui emprunte au théâtre antique, l’insurrection se lève dans une cité défavorisée, qui demande justice après la mort d’un jeune. Hors-champ, la France tombe dans une guerre civile. Pourquoi? Parce que c’est le fatum. Oui mais pourquoi? Parce que.

On pourrait commencer ce laïus comme un article de Elle: il est apparu avec une fleur derrière l’oreille sur le red carpet, le réalisateur Romain Gavras avait peut-être envie d’envoyer un message de paix et d’amour à ses détracteurs qui l’attendaient au tournant, soit loin des polémiques suscitées par les premières images de son film pas très Valeurs Actuelles-friendly sur nos réseaux peu sociaux. Lors de la conférence de presse, il se montre entouré de ses acteurs, prêt à répondre à toutes les questions posées en diverses langues. On a l’habitude, depuis pas mal de temps maintenant, que les pénibles des réseaux sociaux s’emparent des premières images des films un peu border (Énorme de Sophie Letourneur, Mignonnes de Maimouna Doucouré, pour ne citer qu’eux) et un peu Netflix (eh oui, mon cinéphile!). Et s’autorisent à nous faire part de leurs commentaires à l’emporte-pièce, bouffis de préjugés – une vague émotion sur un teaser de 30 secondes (ouvertement provocant) devient un jugement péremptoire, répété à l’envi, dans un flux infini qui ne sert à rien. D’où la nécessité absolue d’une conf de presse pour mettre les points sur les i.

Certes, Gavras se nourrit dans son brûlot d’Athena de l’actualité franco-française des dernières années, mais sur un mode spectaculaire, celui du grand effondrement qui fait office de catharsis collective façon le-réel-est-un-soulagement-quand-même: « L’accélération vers le pire, on la ressent un peu partout dans le monde, en France, en Grèce, aux États-Unis… On est nourri de tout quand on fait un film », explique-t-il. « Quand un pays est fragile, c’est très facile de le pousser dans le précipice et d’exploiter une ambiance générale », constate-t-il, simplement. Ainsi, le recours explicite à la mythologie antique devrait en théorie éclairer les lanternes les plus éteintes: il s’agit d’une fiction, d’une dystopie permettant d’explorer un cauchemar possible, ce que les choses pourraient devenir et les raconter avec cette forme excessive, symbolique. Celle du chaos, en somme: « On voulait montrer de façon intemporelle que les tensions qu’on vit maintenant, ce sont les tensions qu’on a vécues depuis la Grèce antique ou même la préhistoire… C’est toujours la même chose, des intérêts différents qui poussent à la guerre, au conflit. Et sur le terrain, ce sont les gens qui ont une douleur intime qui vont être en première ligne ». Et l’on tombe sur cette impasse de lapalissade: pas de solution toute-faite pour calmer cet embrasement. D’ailleurs, ne lui demandez pas de solution toute-faite: « Ce n’est pas aux artistes de la donner », déclare-t-il lors de la conférence de presse. « Par contre, c’est vrai que lorsqu’on explore une tragédie comme ça, l’idée, c’est de ne pas avoir des gentils d’un côté et des méchants de l’autre. Les situations sont toujours plus complexes. Le film n’est pas très bavard, on est plus dans l’action et la frénésie du moment et les acteurs ont réussi à incarner cette complexité. Tout est dirigé par le destin: il y a un mal fait au début du film et à partir de ce mal fait, c’est le destin qui vient tout ravager. Si le film pouvait se résumer en une phrase ou un tweet, ce ne serait pas intéressant. » Les clébards des réseaux sociaux aboient, le film passe, prêt à recevoir des coups: il s’en fout, il ira jusqu’au bout. A.V.

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