[VITE VUS 🔴] « Serre-moi fort », « Flag Day », « La vengeance au triple galop », « Cette musique ne joue pour personne », « The Guilty »…

Séances de rattrapage pour Serre-moi fort de Mathieu Amalric, Flag Day de Sean Penn, La vengeance au triple galop d’Alex Lutz, Cette musique ne joue pour personne de Samuel Benchetrit, The Guilty d’Antoine Fuqua.

Et si Mathieu Amalric était un vrai et grand cinéaste chaos? Serre-moi fort (), son dernier long métrage (cinéma), que nous avons honteusement loupé à Cannes comme en projection de presse, et rattrapé après la sortie dans une petite salle du MK2 Beaubourg, vaut plus que le déplacement. C’est une merveille de mélo cérébral, qui bouleverse le coeur et le regard et qui rejoint la liste (pas si longue) des films français singuliers faisant le pari de s’adresser à l’intelligence émotionnelle du spectateur, capable de recomposer un puzzle tout seul comme un grand. Soit l’histoire de Clarisse (Vicky Krieps, au-delà du réel), une femme d’une quarantaine d’années qui s’en va vers une nouvelle vie, abandonnant du jour au lendemain son époux et leurs deux enfants, sans un mot d’explication et sans donner de nouvelles par la suite. Dans l’incompréhension totale, les siens tentent de faire front en apprenant à vivre sans elle. Mais dès le premier tiers du film, le spectateur se retrouve plongé entre fiction et réalité dans un feuilleté de réminiscences et de tropismes. Dans ce jeu de mikado temporel où les strates s’enchevêtrent, le relief de chaque événement peut se voir bouleversé rétroactivement. A mesure que l’histoire avance, ce qui se passe est de plus en plus infime et, paradoxalement, de plus en plus émouvant. Et, comme le veut la logique, la fin en boucle est comme la dernière pièce d’un puzzle qui éclaire l’ensemble du tableau. Elle capitalise toutes les informations que nous avons accumulées entretemps et devient déchirante. On n’en dira pas plus, juste notre conseil: foncez le voir tant qu’il passe dans une salle de cinéma et conseillez-le si vous l’aimez autant que nous, c’est un de ces trésors précieux qu’on conseille aux gens qu’on aime.

A ces amis, on leur déconseillera en revanche de visionner Flag Day () de Sean Penn (cinéma), dans lequel l’acteur joue aux côtés de sa propre fille Dylan et qui est considéré par Eric Neuhoff du Figaro comme le meilleur film de son auteur (cf. tagline de l’affiche). Comme vous le savez déjà, le film est tiré d’une histoire vraie, celle d’un père, John Vogel (Sean Penn, who else?), qui vit de petits larcins et n’a pas réussi à s’occuper de l’éducation de ses enfants. Il s’escrime à vouloir maintenir les apparences d’une vie réussie devant ses enfants, mais est fatalement rattrapé par son passé, comme ces créanciers qui viennent le menacer devant sa fille. Cette dernière (Dylan Penn), va tenter de se construire malgré tout, et tout faire pour retisser la relation avec son père. Le film se déroule des années 1970 aux années 1990, et l’acteur a été rajeuni numériquement pour la moitié des scènes (eh ouais!). L’échec tient en grande partie à un glissement du pluriel vers le singulier. De Flag Day, un jour censé concerner tout le monde, à Penn Day, le regard égocentrique de lui envers lui-même, lorgnant ensuite sur sa progéniture: Dylan Penn. Leur présence est si lourde, et animée par tant de clichés absurdes, qu’elle rend stérile tous les efforts effectués pour rendre ça beau.  Dommage pour les qualités d’exécution (lumière impeccable, 16 mm fait de promesses, et de jolies séquences en plein air) mais c’est aussi profond qu’un clip vidéo de Nickelback, avec Sean Penn répétant inlassablement les mêmes erreurs. «Never made it as a wise man». 

Consternation devant La vengeance au triple galop () du pourtant doué Alex Lutz (TV) qui est un pastiche de soap opéra et très précisément de La vengeance aux deux visages, de Karen Arthur et Kevin James Dobsons, ce fameux téléfilm australien en deux parties qui passionnait les familles dans les années 80 avec exactement la même trame de l’héroïne laissée pour morte et qui revient, mue par la vengeance (elle s’appelle également Stephanie Harper), mais avec le regard actuel sur une décennie révolue (le chic, le fric, des hommes et des femmes qui s’aiment et se haïssent, des médias de masse tout puissants) et donc la petite distance qui va avec. C’est amusant, deux minutes, le temps d’une bande-annonce. Et très vite, tout déconne et tout embarrasse, engluant tout le monde dans un malaise du genre épais: le rythme comme l’humour sont aux abonnés absents, et le téléspectateur d’assister à un mauvais spectacle d’au demeurant bons comédiens, ici surjouant à mort (Ingrid Chauvin est celle qui s’en tire le mieux, c’est dire si on revient de loin…), se dépatouillant comme ils peuvent avec des situations ineptes et des dialogues interminables dans des costumes et des décors kitsch à mort mais qui ne sont même pas exploités. Moralité: rien ne vaut les originaux qui, eux, assumaient le kitsch, pour rire, parfois aux éclats. Pour les masos qui veulent, quand même, tenter cette purge: c’est disponible en replay sur My Canal.

Triste mine aussi devant Cette musique ne joue pour personne () de Samuel Benchetrit (cinéma) également rattrapé à la sortie. Dans une ville portuaire, des êtres isolés, habitués à la violence, vont soudain voir leurs vies bouleversées par le théâtre, la poésie et l’art. Et leurs quotidiens, transformés par l’amour. Alors que son précédent et mal-aimable film Chien laissait entrevoir un réjouissant changement de registre pour le réalisateur Samuel Benchetrit, le voici qui revient au film choral à stars (Vanessa Paradis, François Damiens, JoeyStarr, Valeria Bruni-Tedeschi, Gustave Kervern…) où des êtres cabossés décident de monter une comédie musicale. Cela commence assez ricanant, avec de l’humour noir pince-sans-rire, ça se poursuit de façon un peu touchante avec des personnages au bout de leur rouleau existentiel. Puis, exactement comme dans les « gros » films de ce cinéaste, le décrochage est assuré: il y a simplement un effet too much de casting empêchant d’accéder à la simple humanité de ces personnages… qui n’arrivent pas à vivre par eux-mêmes. En découle un double-sentiment pas très agréable, en sortant de la salle: d’une part, une hausse humilité (ah, les petites gens par des grands stars, on se croirait au concert des Restos du Coeur!) et, de l’autre, une vraie prétention de film d’auteur made in France pompant tout ce qui a été déjà été fait dans l’humour à froid (de Kaurismaki à Jarmusch). Malheureux qu’après autant de tentatives, Benchetrit soit toujours à ce point adepte du mauvais décalque.

Disponible sur Netflix, un remake américain qui ne sert à rien: The Guilty () d’Antoine Fuqua (SVOD) qui reprend le film danois de Gustav Möller, avec un Jake Gyllenhaal, que Fuqua avait déjà dirigé dans La peur au ventre (2015), tout tendu dans la peau d’un agent de police rétrogradé dans un centre d’appels et que le CM de Netflix vendra à tous les gogos avec une pluie de superlatifs affreux. On rappelle l’histoire aux amnésiques: un agent de police relégué temporairement en tant qu’opérateur du 911 pour une raison inconnue reçoit un appel d’une victime de rapt. Sans la moindre possibilité d’actions concrètes, il tente de venir en aide à la kidnappée au tel, assis sur son fauteuil. Progressivement, on en apprend plus sur ce policier et les raisons de sa présence ici et, surprise, ce sont exactement les mêmes raisons que dans l’original. Ceux qui n’ont donc pas vu le film de Möller pourront peut-être s’en satisfaire. Mais c’est vraiment réservé à ceux qui préfèrent les copies, et donc ceux qui trouvent plus de qualités à The Vanishing (1993) qu’à L’homme qui voulait savoir (1989), par exemple.

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