PRANO BAILEY-BOND, réalisatrice de « Censor », accro au cinéma de David Lynch

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La rubrique PHOTOMATON met en lumière celles et ceux qui font le cinéma. Notre invitée: Piano Bailey-Bond, réalisatrice de Censor, présenté au Festival du film britannique de Dinard.

INTERVIEW & PHOTO: SINA REGNAULT

Quelle est votre profession?
Je suis réalisatrice d’un film d’horreur intitulé Censor.

Quel est votre parcours?
J’ai grandi à la campagne, au milieu de nulle part. Quand j’ai déménagé à Londres, à 18 ans, j’ai commencé dans le milieu du cinéma. J’étudiais le cinéma, dans la section post-production. Je bossais beaucoup sur le son aussi, et je suis devenu monteuse. Je faisais principalement du travail factuel, jusqu’à ce que je décide de faire mes propres courts-métrages. J’en ai fait six! Je pense qu’en France, c’est considéré comme beaucoup, non? J’ai l’impression qu’ici, vous en faites deux ou trois, puis vous passez tout de suite au long. Mais j’ai pris mon temps, car je voulais trouver un sens aux couleurs, aux images et au son, et parvenir à restituer l’ambiance typique qui planait dans les video nasties au Royaume-Uni, dans les années 80. J’ai aussi fait beaucoup de vidéoclips, dans cette perspective.

On peut considérer les clips comme des courts-métrages.
Dans ce cas, ça fait plus d’une quinzaine de courts, en tout (Rires).

Sur quoi travaillez-vous actuellement?
J’ai un projet avec Film4 et un autre, avec une société de production anglaise. Ces deux ne sont pas encore annoncés. En octobre, je commence l’adaptation d’une nouvelle, écrite une auteure argentine, Mariana Enríquez, qui s’intitule Things We Lost in the Fire. Une nouvelle provocante, sombre et très féministe. Je suis heureuse de pouvoir travailler avec le producteur de Call me by your name et The Lighthouse pour ce film.

Quel est le film et/ou le cinéaste qui vous a donné envie de faire ce métier?
David Lynch! Je suis une grande fan depuis très longtemps. Ado, je portais un tee-shirt «J’ai tué Laura Palmer!» David Lynch m’a beaucoup appris sur le cinéma, et m’a montré qu’il était possible d’avoir une approche différente vis-à-vis de la création artistique. Son cinéma peut être aussi bien onirique que cauchemardesque. C’est très inspirant. J’adore sa manière d’envisager la création. C’est un peu mon gourou.

Vous êtes également une adepte de la méditation transcendantale?
J’aimerais bien! Je planifie un cours de médiation transcendantale prochainement. Cela me tente beaucoup. Mon copain a essayé, et m’en a dit du bien. Comment viennent les idées? Comment se préparer à les accueillir? Nombreuses sont les questions. Et aussi nombreuses, sont les réponses. C’est passionnant. J’imagine que cela permet d’échapper à l’angoisse de la page blanche.

Quel est votre meilleur souvenir professionnel?
Présenter mon film à Sundance. Ça a marqué un tournant dans ma carrière. Cependant, j’étais un peu déçue, car c’était une édition en ligne. Je n’ai donc pas pu être présente à l’événement.

Citez-moi quelqu’un de bien /pro/formidable dans ce métier si cruel?
Ma directrice de la photographie Annika Summerson, avec qui j’ai fait la plupart de mes films. Elle est géniale, je l’adore! Elle a une approche très intéressante de son métier. Selon elle, les couleurs doivent voyager à l’écran, et animer les visages des personnages sur leur chemin. On a précisément travaillé sur le changement de couleur qui survient progressivement, pour créer une atmosphère particulière, liée à l’ère de la VHS.

Les lumières peuvent-elles raconter une histoire?
Oui, bien sûr, elles font partie de la narration. De même que le son. Les deux sont indissociables, et constituent l’essence du cinéma. Je repense souvent au travail de la compositrice Emilie Levienaise-Farrouch, qui est Française d’ailleurs. Elle a fait une bande-originale incroyable. Sa musique permet d’avoir accès aux personnages. La première fois qu’on a connecté sa musique aux images, on s’est dit qu’on tenait quelque chose.

Ce que vous avez fait/vécu de plus chaos depuis que vous faites ce métier?
J’ai fait un vidéoclip intitulé Poltergeist. J’en suis assez fière. C’était assez mental comme expérience. J’ai eu l’impression de souffrir d’un trouble de la personnalité pendant un moment puisque j’y jouais quatre ou cinq personnages différents. C’était grotesque! On a ajouté un peu de Cindy Sherman pour marquer ce côté délirant.

À quel film ressemble le monde d’aujourd’hui?
Probablement Une affaire de famille, de Hirokazu Kore-eda. J’ai trouvé le film très profond et juste dans sa manière d’aborder la question de la pauvreté. Je n’ai pas arrêté de pleurer quand le film s’est arrêté.

À quel film ressemblera le monde de demain?
J’espère que le monde de demain ne ressemblera pas à un film catastrophe! Ce qui serait bien, c’est que le futur ressemble à un film rempli de rêves, par exemple.

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