Rainer W. Fassbinder, Andrzej Zulawski, Crispin Glover: l’impressionnante filmographie de Margit Carstensen

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L’actrice allemande de théâtre et de cinéma Margit Carstensen, une star des films emblématiques de Rainer Werner Fassbinder, est morte à l’âge de 83 ans. On l’a revue par bonheur en 2007 dans un chef-d’œuvre chaos, hélas totalement inédit: It’s Fine de Crispin Glover, second volet d’une trilogie dont le troisième volet n’a pas été montré nulle part.

L’actrice allemande de théâtre et de cinéma Margit Carstensen, une star des films emblématiques de Rainer Werner Fassbinder, est morte à l’âge de 83 ans. Elle était surtout connue pour avoir joué en 1972 le rôle principal dans Les larmes amères de Petra von Kant de cet influent cinéaste. Margit Carstensen y incarnait une prédatrice narcissique entretenant une liaison avec une femme plus jeune (Hanna Schygulla), une interprétation qui lui a valu un prix décerné par le cinéma allemand. Deux ans plus tard, cette actrice née en 1940 à Kiel, dans le nord de l’Allemagne, a été la tête d’affiche de Martha, merveille SM de Fassbinder sur un mariage avec un pervers narcissique, dont on retient des plans subjuguants à l’instar de celui-ci…

Elle a ensuite joué dans une série de films explorant les pièges des rôles de genre traditionnels, notamment Roulette chinoise (1976) et Femmes à New York (1977). Au cinéma, on l’a revue dans l’immense Possession de Andrzej Zulawski.

Au théâtre, où elle s’est produite sur les scènes les plus en vue d’Allemagne et d’Autriche, Margit Carstensen a eu une collaboration fructueuse avec le réalisateur iconoclaste Christoph Schlingensief. Celui-ci l’a en particulier choisie pour interpréter Magda Goebbels – la femme de Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande du Troisième Reich – dans 100 ans d’Adolf Hitler. Mais si l’on devait citer son dernier rôle marquant, ce serait dans l’inoubliable It Is Fine. Everything Is Fine de Crispin Glover, découvert lors d’une projection au Festival de Sitges en 2007 et invisible depuis (Glover, très parano et conscient d’avoir de l’or entre les mains, n’accepte de montrer le film qu’en sa présence).

 

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C’est le second volet d’une trilogie qui a été achevée, mais dont le troisième volet n’a jamais été montré au commun des mortels (seul notre ami Roger Avary, qui a dirigé Glover dans Lucky Day, a eu droit à une projection privée du troisième volet intitulé It’s mine). Après un mémorable – et tout aussi rare – What is it ?, Crispin Glover, qui a beaucoup appris au contact de ses amis Trent Harris (The Beaver Trilogy) et Werner Herzog (beaucoup de Et les nains aussi ont commencé petits), a réaffirmé son amour des marginaux dans ce second volet d’une trilogie hélas inachevée. Dans des conditions étranges, il a adapté le scénario de Steven S. Stewart, acteur handicapé qui s’est écrit un incroyable premier rôle de criminel sexuel assassinant des prostituées et nouant en même temps une belle relation platonique avec une vieille femme déçue par la vie et l’amour (Margit Carstensen, donc). Les scènes de cul, entre Steven et les bombes sexuelles que son personnage assassine amoureusement, ne sont pas simulées. C’est du cinéma extrême, romantique, offensif, comme on aimerait qu’il soit toujours. Cela fait maintenant plus de 15 ans que Crispin cache son chef-d’œuvre aux yeux du monde. T.A.

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