« Tin & Tina » de Rubin Stein: du cinéma fantastique espagnol dans l’entre-deux

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Diffusé sur Netflix, Tin & Tina de Rubin Stein raconte l’adoption de deux jumeaux (un frère et une sœur) par un couple en manque d’enfants. Ce film fantastique avec des enfants fous de dieu, jouant la carte du second degré, mi-drôle mi-angoissant et pas toujours convaincant, a laissé bien des spectateurs sur le bas-côté, ne sachant pas sur quel pied danser. On préfère toujours ça à l’eau tiède.

C’est simple: vous connaissez déjà l’histoire de Tin & Tina sans l’avoir vu. Vous voyez, ces jumeaux orphelins accueillis dans un couvent où ils reçoivent une éducation stricte et qui, bientôt, vont être adoptés par un jeune couple en manque d’enfants, adoptant des enfants comme on va faire ses courses. Et évidemment, ça va tourner à la catastrophe. Première question avant de regarder ce film fantastique espagnol qui nous rappelle au passage à quel point la flamme ibérique si prometteuse il y a 20 ans avec les amis Jaume Balaguero, Paco Plaza et consorts s’est désormais hélas éteinte: ce Tin & Tina peut-il renouveler le genre fantastique dans une de ses résurrections aussi violemment éruptives qu’éphémères? Pas si sûr tant ce film-ci doit déjà composer avec une anicroche de taille, à savoir un jeu d’acteur disons précaire. En premier lieu, les parents, d’une naïveté qui n’existe pas a priori (sinon, ça, ça fait très peur), joués par Milena Smit et Jaime Lorente qui surjouent comme des cochons et peinent à donner à croire en leurs personnages, leurs vies, leurs choix, leurs décisions… a fortiori quand des orages éclatent dans le ciel pour leur dire achtung, achtung, derrière toi… On veut bien que l’amour rende aveugle, mais il rend surtout très con.

C’est manifestement cette dimension grotesque du jeu des adultes qui a incité les abonnés de Netflix à attribuer au film une mauvaise note et à laisser des commentaires désobligeants (Allociné ayant recensé tous les avis négatifs sur ce long métrage), des réactions si offensées qu’elles nous inciteraient presque à le défendre (alors que ses défauts sont quand même criants). Reste, et ce n’est pas rien, une vraie élégance dans la mise en images (plans, cadres bien composés). Et un résultat résolument plus étrange, plus curieux, plus malaisant (mi-drôle mi-flippant) que le tout-venant fantastico-horrifique, jouant la carte du second degré (les ironiques extraits d’émission d’époque, le coté «mais ne nous délivrez pas du mal» à hauteur d’enfants, les endoctrinés têtes à claques…) et de l’ambiguïté (on ne sait pas toujours s’il faut hurler de rire ou d’effroi).

Le mieux pour pleinement profiter de l’expérience, c’est peut-être de ne pas adopter le point de vue des parents confrontés à des petits monstres (le début et la fin récitant très ouvertement La Malédiction de Richard Donner, la partie femme enceinte lorgnant vers Rosemary’s baby de Roman Polanski ou encore ¿Quién puede matar a un niño? de Narciso Ibáñez Serrador). Et d’effectivement se focaliser sur les deux jumeaux orphelins ultra-cringe fous de Dieu, scary au premier regard et amoureux des jeux pervers (pauvre toutou dans la meilleure scène du film). C’est qu’à travers ces deux têtes blondes pourries de l’intérieur et inconscients du mal qu’elles provoquent (exactement comme dans L’autre de Robert Mulligan, autre influence manifeste) que l’on peut comprendre ce qui motive réellement Rubin Stein. Le cinéaste espagnol développe ici la version longue d’un court qu’il avait réalisé en… 2013 et peut-être, avec le temps, s’est-il fait dévorer par cette idée séduisante, au demeurant: injecter une vraie bizarrerie dans du fantastique mainstream. Comme le faisait le bon vieux cinéma fantastique des années 70. T.A.

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