Difficile de continuer à croire en Johannes Roberts, déjà coupable des nullissimes 47 Meters Down et The Strangers: Prey at Night, ainsi que de l’à peine plus correct Resident Evil: Bienvenue à Raccoon City. Il serait pour autant mentir de dire que le pitch de son nouveau-né, Primate, n’intrigue pas, en grande partie pour sa potentielle bêtise : un singe enragé prêt à assassiner brutalement une bande de jeunes plus bêtes les uns que les autres, entre débilité bis décomplexée et facilité assumée.
Primate déploie toutes ses cartes dès sa séquence d’introduction, annonciatrice de ses inspirations de série B (voire plus) des années 70/80. Les effets gore généreux et la bande-son y réjouissent certes, mais l’atmosphère horrifique peine souvent à s’installer. La mise en scène du métrage se cale en fait sur des rails desquels elle ne dévie jamais, usant de motifs usés (les longs plans flottants façon James Wan), tout en peinant à y injecter un tempo réellement engageant. Le tout est de facture correcte, mais se perd dans la production horrifique actuelle par une platitude formelle totale.
C’est en l’abordant sous l’angle de ses influences d’exploitation que le long-métrage sort un petit peu du lot. Ses interprétations aux fraises, comme sa bande originale très carpenterienne, plongent suffisamment dans l’ambiance d’un certain plaisir de vidéoclub qu’on ne peut nier. Ses élans gores saisissent alors, franchement sales autant que généreux dans leur monstration assumée, souvent en plein cadre. L’incarnation de l’antagoniste simien en va de même, mixant savamment effets pratiques et numériques pour lui donner une matérialité plus que crédible et, surtout, amusante.
Quitte à assumer ses références formellement, le film suit l’exact même projet du côté de son écriture. S’enchaînent facilités et retournements évidents dans un déroulé plus que programmatique, dont le plaisir réside surtout dans les meurtres successifs, toujours plus brutaux. L’amusement régressif est évident, mais vite limité tant tout est sans surprise. Le geste en devient presque drôle tant il est assumé dans l’écriture de personnages n’ayant pour seules motivations que de combler leurs bas instincts, jusqu’à oublier de les caractériser. Personne n’est voué à être davantage que de la chair à canon, au point de rendre les personnages littéralement interchangeables, ou a minima très confondables.
C’est, au second degré, assez drôle, mais cela confine à de sérieux trous dans le récit. Outre un premier quart d’heure long et sans substance, les ventres mous s’enchaînent au milieu d’un programme balisé qui peine à captiver au-delà de ses mises à mort pourtant outrageusement drôles et graphiques. Ne reste alors que le petit tour de force d’une séquence de piscine, bien plus amusée par son antagoniste, dont les règles paraissent enfin cruellement drôles. Là réside l’essence du projet.
Son orientation du côté de l’exploitation amuse, mais le laisse très limité, voire franchement paresseux. Son antagoniste, principal argument de vente, n’a finalement pas beaucoup plus à offrir qu’une violence physique d’humain augmenté, dont l’originalité reste relative. L’entre-deux du film — entre premier degré brutal et grand-guignol timide — l’empêche d’embrasser pleinement son potentiel vidéoclub, voire bis. Le long-métrage ne s’embarrasse jamais de motiver ses choix et ses idées, ne serait-ce que par le prétexte facile qui introduit son récit, ce qui, de nos jours, laisse un certain creux dans l’expérience.
N’avoir aucune velléité thématique au-delà de l’amusement et du plaisir d’exploitation fait sens. Le voir ici appliqué à une production de gros studio laisse toutefois dubitatif, et penche davantage du côté de la paresse que du délire pleinement assumé. Possible futur plaisir régressif de soirée et néo-délire de vidéoclub, Primate laisse donc un sentiment mitigé. On s’y amuse, mais difficile de savoir si ce n’est parfois pas contre son gré.
21 janvier 2026 en salle | 1h 29min | Epouvante-horreurDe Johannes Roberts | Par Johannes Roberts, Ernest Riera Avec Johnny Sequoyah, Jessica Alexander, Victoria Wyant |
21 janvier 2026 en salle | 1h 29min | Epouvante-horreur


