Attention tout le monde: le premier long-métrage tourné dans l’espace est sorti jeudi dans les salles obscures en Russie, suscitant à Moscou la fierté d’avoir battu un projet rival des États-Unis (réalisé par Doug Liman et avec Tom Cruise) en pleine crise diplomatique liée au conflit en Ukraine. Et le cinéma dans tout ça?
Pour tourner Le défi, un film qui met en scène une chirurgienne dépêchée sur la Station spatiale internationale (ISS) pour opérer un cosmonaute blessé, la Russie a envoyé une actrice et un réalisateur en orbite en octobre 2021 pendant 12 jours. Le projet, mené tambour battant pour devancer une initiative américaine concurrente avec Tom Cruise, est célébré comme un exploit en Russie, rappelant la concurrence spatiale entre Moscou et Washington lors de la Guerre froide ou encore la guéguerre Solaris de Tarkovski et 2001 de Kubrick. « Nous sommes les premiers à avoir tourné un long-métrage de fiction à bord d’un vaisseau en orbite, à nouveau les premiers », se félicitait ainsi Vladimir Poutine le 12 avril, qui joue souvent sur la nostalgie de l’ère soviétique, quand Moscou envoyait par exemple le premier homme dans l’espace, en 1961. Si ce film suscite autant d’orgueil, c’est obviously parce que la Russie traverse une période de profonde crise diplomatique avec l’Occident depuis le lancement de l’offensive de Moscou contre l’Ukraine, en février 2022. Les États-Unis et les pays européens ont imposé une série de sanctions diplomatiques et économiques à la Russie. Pour le moment, le domaine spatial semble être l’un des derniers terrains de coopération entre Russes et Occidentaux, même si la concurrence est féroce, notamment depuis l’émergence d’acteurs privés, comme la société américaine SpaceX d’Elon Musk.
Signe incontestable du soutien de l’État, Le défi est co-produit par l’agence spatiale russe Roscosmos et la puissante chaîne télévisée publique Pervy Kanal, dont le dirigeant, Konstantin Ernst, ne cache pas sa joie d’avoir battu Hollywood. Et de quoi parle le film, sinon? La mission impossible d’une chirurgienne, incarnée par l’actrice Ioulia Peressild, envoyée sur l’ISS pour sauver un cosmonaute blessé par un débris lors d’une sortie dans l’espace. Le réalisateur Klim Chipenko, qui a manié la caméra, l’éclairage et la prise de son, y a enregistré 30 heures d’images, dont 50 minutes sont utilisées dans le montage final. La caméra suit l’actrice âgée de 38 ans se déplaçant dans l’espace exigu de l’ISS, sa chevelure blonde flottant en apesanteur. Les deux néo-cosmonautes ont suivi une formation accélérée de quatre mois avant d’être envoyés dans l’espace. Le film a coûté moins d’un milliard de roubles (11,1 millions d’euros). Attendons de voir la chose: Soy Cuba de Mikhaïl Kalatozov (1964) a beau être une œuvre de propagande censée glorifier la révolution cubaine, cela n’en demeure pas moins un poème splendide. T.A.
