Sexy puis douloureux, toujours obsédant, The Rapture de Michael Tolkin reste une invraisemblable énigme. Le cinéaste Paul Schrader vient de réhabiliter ce film rare et 4000% chaos en revendiquant son influence sur son travail.
Paul Schrader n’est pas seulement bon cinéaste et scénariste, il est aussi bon critique de cinéma. La preuve: il recommande des films rares et chaos sur son compte Facebook (sa simple présence justifie qu’on fréquente encore ce réseau social), dont The Rapture de Michael Tolkin (1992). Un film mal aimé, qu’on a toujours soutenu haut et fort, qui l’a marqué et manifestement aussi inspiré.
Soit l’histoire d’une télé-opératrice, jouée par Mimi Rogers, qui s’ennuie ferme devant son standard et fait de l’échangisme avec son ami pour pimenter son existence, choisissant donc une vie de «débauche» en réponse à une société robotique. Puis elle découvre Jésus, voit dans la religion, un moyen de retrouver goût à la vie, de lui donner du sens, de se joindre à la société qu’elle croyait impénétrable. Elle y entraîne même son amant, un David Duchovny pas encore Mulder (mais déjà Denise Bryson) tout en mulet. Quelques années plus tard, la voilà épanouie parmi les siens, avec une fille, un tablier et une Bible en guise de coussin. Au même moment, c’est le retour du Christ sur Terre, qui emmène avec lui une tripotée de chrétiens au paradis pendant que le monde entier touche à sa fin. Et l’Apocalypse arrive alors comme il est dit dans la Bible (on en parle longuement ici).
« Ce film m’a fait perdre la tête à sa sortie il y a 30 ans », dit-il. À tel point que j’ai écrit le scénario de By the Sea of Crystal en m’inspirant de lui. Le scénario est tombé à l’eau (…) J’avais revisité le film de Tolkin. La première heure (malgré les restrictions budgétaires) est d’une originalité à couper le souffle. Ensuite, les roues se détachent du wagon. C’est pourtant un film américain pas comme les autres. Je le recommande. C’est peut-être le seul joyau de la couronne du réalisateur Michael Tolkin, mais parfois un seul joyau suffit. »
The Rapture est passionnant parce que malaisant, étonnant, gracieux, inattendu, tout le temps, scène après scène. En fait, il serait dommage de vous révéler le dernier acte, terrible et vertigineux, où le questionnement de la foi est ramené à ses heures les plus sombres. Douloureux, obsédant, sans doute invendable, The Rapture disparut comme il apparut. Merci à Paul de l’exhumer, donc. Et merci à lui pour son humour…

