Ce film, ou le destin d’une jeune femme, Parthenope (Celeste Dalla Porta), que l’on va suivre sur plus de trois décennies, de sa naissance jusqu’à sa prime jeunesse… et davantage. Un chemin ponctué d’amours divers et de rencontres fortuites, conjointement au tableau qu’il nous sera fait de la ville de Naples.
Sélectionné au dernier festival de Cannes, le dixième film de Paolo Sorrentino semble avoir divisé au mieux, guère convaincu au pire. On connaissait la fascination de l’Italien pour les thèmes de l’oisiveté, la nostalgie, l’ennui ou le faste. Mais ici, entre la peinture d’une atmosphère et la complaisance, il n’y a qu’un pas. Si sa production Netflix La Main de Dieu se révélait plus incarnée (car plus personnelle peut-être), le cinéaste tombe ici dans une proposition plus évanescente, voire insaisissable. Comme un excès de style sans autre apport, ni enjeux, la valse se transforme en affectations. Et si l’on ajoute à cela la longueur du film (le talon d’Achille du cinéaste), la signature devient ici boursouflure.
Signifiant en grec « jeune fille virginale », Parthenope renvoie également à la sirène allégorique de Naples. Parfaite marotte pour le cinéaste, qui, en dressant le portrait de la belle, adresse en creux une lettre d’amour à sa ville. Sans trop d’expositions (nous devrons comprendre les personnages à hauteur de ce que nous révèlent leurs dialogues ou les enjeux), les époques se suivent, au cours desquelles, dans ses errances, notre héroïne diaphane rencontrera situations moirées et surgissements inattendus. Une vamp amère et déchue, une monstruosité hydrocéphale, un cardinal plein de luxure, le spectacle d’un coït… Comme souvent chez Sorrentino, son point fort demeure dans l’improbable, ce qui surgit, évoquant Liliana Cavani et (sans surprise) l’héritage fellinien. Toute la trame du film repose sur une double dynamique qui tantôt dessert et enrichit l’ensemble : quand on se décentre de l’héroïne pour nous faire adopter son point de vue sur ce monde étrange, le film nous saisit. Mais dès qu’on demeure avec elle, l’ensemble se fige.
Si le long-métrage propose une galerie de personnages gravitant autour de la belle, le paradoxe demeure que si chacun d’eux semble la connaître, à son égard nous demeurons froids. Un sentiment qui ne cessera de s’amplifier. Tandis que la caméra ausculte leurs silhouettes via travellings ralentis sur fond d’horizon maritime, les personnages fument, discourent (beaucoup), s’observent, se désirent… Mais après dézoom, nous avons surtout l’impression d’assister au vernis formel du spot modasse de la nouvelle collection en vogue. L’explication tient-elle au fait qu’il s’agît d’une production Saint Laurent / Anthony Vaccarello ? Peut-être.
Certes, si la mise en scène léchée et glissante éveille au départ notre curiosité, nous cherchons le grain de sel (un comble dans ce cadre méditerranéen). Vanité, jeunesse, nostalgie, tout est là sur le papier, mais rien ne s’anime. Dans ce milieu interlope de la bourgeoisie napolitaine, nos personnages cultivent leurs indolences… sans qu’aucun enjeu ne semble les impacter. De fait, toute émotion ressentie à leur égard est étouffée. Demeure l’impression tenace de voir émaner de cette œuvre une posture globale. Bien plus proche du soap-opéra deluxe que de la parabole esthète full of vacuity dont elle se veut l’émissaire. Avec la prétention de vouloir tout dire, voilà un film qui (à se complaire), ne dit rien. Mais avec style, bien sûr.
12 mars 2025 en salle | 2h 17min | Drame, RomanceDe Paolo Sorrentino | Par Paolo Sorrentino Avec Celeste Dalla Porta, Stefania Sandrelli, Gary Oldman |

12 mars 2025 en salle | 2h 17min | Drame, Romance