Souvenez-vous, c’était il y a encore quelques mois : Renny Harlin nous sortait sa version très personnelle de L’exorciste : au commencement après moult démêlés avec la Warner et Paul Schrader qui s’est barré avec son petit Billy Crawford. Petit rappel des faits ? Paul Schrader tourne en 2003 L’Exorciste : Le Commencement. A peine fini, le voici limogé par Warner qui finalement décide que sa version manque de gore. Schrader viré, Renny Harlin engagé. Le film est entièrement retourné, avec 90% du casting, la même histoire et les même décors… mais dans un ton plus putassier. C’est cette seconde version qui a atterri dans les salles en novembre dernier dans l’Hexagone. Grosse surprise : alors que personne ne s’y attendait, Warner se décide à sortir la version de Paul Schrader au cinéma. Grave question : est-ce que les spectateurs vont y comprendre quelque chose ?
Sorte de film complètement malade qui tentait de distiller l’angoisse dans un premier temps et de basculer ensuite dans un trip grand-guignolesque (ce qui en a fait rire beaucoup), L’Exorciste : au commencement made in Harlin oscillait entre le cradingue burlesque et le concentré horrifique, la série B et la série Z et de fait, sans en avoir l’air, renforçait le capital sympathie d’un réalisateur bien bourrin : Renny Harlin. La version par Schrader respecte exactement la même trame que celle du Harlin sans trop d’effets sanguinolents, avec une approche dite plus « conceptuelle ».
L’histoire reste donc identique : Le Père Lankester Merrin est encore hanté par le souvenir des atrocités commises durant la Deuxième Guerre Mondiale contre les membres de sa modeste paroisse de campagne. Sentant sa foi l’abandonner, le prêtre décide de quitter sa Hollande natale et d’effectuer en Afrique un voyage de la dernière chance – un pèlerinage qu’il espère salvateur, mais qui le confrontera bientôt au Mal absolu… Hélas, est-ce l’attente, mais l’opus de tonton Schrader (pour lequel votre serviteur voue une admiration sans borne) vaut un poil mieux que celle, décomplexée, gore et risible de ce yes-mande Renny Harlin. S’il est conforme à la version présentée en work-in-progress à la Cinémathèque (la presse ne pouvait pas en parler à la demande de Schrader car le film risquait d’aller à Cannes), le résultat ressemble à une version esthétisante du film d’Harlin, avec effets spéciaux étranges façon Cat People du pauvre, fausse économie de moyens et un Billy Crawford omniprésent qui confirme qu’en plus d’être un chanteur au talent discutable (au demeurant, sympathique), il est aussi un piètre acteur. Il ne s’agissait certes que d’une simple version de travail, mais à moins d’avoir un nombre incroyable de plans alternatifs en réserve pour peaufiner son montage, Schrader devrait avoir du mal à rehausser le résultat final. Désolé Paul, on t’adore, mais là…

