« Nous les barbares » et « Rainer: Vicious dog in skull valley », le cycle barbare de Bertrand Mandico

0
1655

Pas de répit dans la Mandico Zone: son Conann rugissant cachait dans sa poche d’autres garnements agités. Si l’on attendra encore pour La déviante comédie, le festival de Locarno fut l’occasion de projeter ce que l’auteur considère comme le Cycle Barbare avec, en plus du long, les courts Nous les barbares et Rainer: Vicious dog in skull valley. Que l’on verra à L’Étrange Festival à la rentrée.

Les courts métrages Nous les barbares et Rainer: Vicious dog in skull valley sont hautement conseillés à ceux ayant vu le long Conann bien sûr, puisqu’on peut les voir comme des extensions exubérantes ou des bonus pour les affamés de cette nouvelle dimension. Prévu à l’origine en réalité virtuelle, Nous les Barbares ne perd rien dans sa version dite plate, succession de plan séquences mettant en valeur quatre comédiens fictifs, errant à n’en plus finir sur le plateau encore chaud et sale du film Conann. Mandico y revient sur un de ses sujets favoris, les actrices, où la quête d’amour et de gloire doit toujours se finir dans les paillettes et le sang. Un bel exercice de style permettant de contempler les décors du film, cette fois en couleur, et d’octroyer une place royale pour Nathalie Richard (onctueuse, Serygienne, folle) et Christophe Bier (car oui, sous l’œil de Mandico, Christophe devient une surprenante comédienne), dont il fallait attendre la dernière partie de Conann pour savourer la présence.

Rainer, quant à lui, revient à la source, à savoir la pièce, jamais jouée ou presque, du théâtre des Amandiers. Une recréation grand-guignolesque où les multiples Conann s’agitent sous le flash de Rainer, le chien des enfers: une occasion pour Elina Löwensohn de s’amuser encore davantage sous le museau du toutou mi-esclave, mi-demiurge. On y croise quelques nouveaux visages, dont Clara Benador dans le costume de Crucifia 3 alias Mortadelle (!) en guerrière lascive et insolente. Les mots ripent en boucle comme sur un vieux disque, l’on pactise son âme aux chiottes («La vérité sortant du lavabo», nous dit-on), l’on se poignarde le cœur en série (on raconte que «le romantisme coule sur scène comme un vieux fromage crémeux»),et l’on fait de la violence une œuvre d’art («Les champs de bataille ont un je ne sais quoi d’érotique», chuchote-t-on). On pourra enfin y admirer la transformation insensée du théâtre des Amandiers par Mandico, avec sa piscine de sang, ses labyrinthes, ses charniers infinis, ses montagnes ardentes, comme un enfer mettant aux bancs tous les fonds verts et bleus de la planète. As usual chez Mandico, l’invitation vers un autre monde a tout d’un immense délice poivré. J.M.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici