« Night of the Reaper » de Brandon Christensen sur Shadowz : la nuit où le passé ne voulut pas mourir

On ne compte plus les fantômes qui hantent le cinéma de genre, ces spectres d’un âge d’or fantasmé que chaque nouvelle décennie exhume avec une ferveur aussi touchante qu’épuisante, comme si ressusciter les formes mortes du slasher des années quatre-vingt pouvait conjurer la vacuité du présent. Night of the Reaper s’inscrit dans cette lignée désormais encombrée de films-tombeaux, ces œuvres qui se veulent des cénotaphes respectueux alors qu’elles ne sont souvent que des pierres froides où plus rien ne palpite, où le souvenir se substitue à l’émotion et la référence au sens.

Le film déploie son linceul dès les premières images avec cette baby-sitter traquée par l’invisible, archétype fondateur qui se répète ensuite comme un écho affaibli lorsque Deena reprend le flambeau dans cette même banlieue maudite, tandis qu’un shérif rongé par ses fantômes personnels cherche une vérité qui tarde à se dévoiler. Tout est là, scrupuleusement disposé : l’innocence menacée, l’autorité meurtrie, les adolescents futiles et cette atmosphère d’octobre qui drape le récit de guirlandes vintage, comme si l’on pouvait racheter l’absence d’âme par l’accumulation de détails d’époque. Seulement voilà, le vernis est trop épais, le lustré trop évident, la reconstitution trop appliquée pour que l’illusion opère vraiment. Là où The House of the Devil embrassait le grain du seizième millimètre et l’austérité des films maudits, Night of the Reaper se contente d’une esthétique Stranger Things, cette brillance contemporaine qui imite sans jamais incarner, qui cite sans comprendre que le slasher authentique suintait la crasse, la pauvreté, l’urgence désespérée.

Le véritable drame tient moins à cette imposture formelle qu’à l’incapacité du film à nous faire éprouver quoi que ce soit pour ces silhouettes creuses qui traversent l’écran, prisonnières volontaires de leurs archétypes comme des acteurs de théâtre kabuki rejoueraient éternellement les mêmes gestes vidés de substance. On attend, on espère, on patiente pendant une heure interminable que quelque chose advienne, que la menace prenne corps, que le récit justifie notre présence, mais il ne se passe rien sinon cette langueur calculée qui se prend pour de la tension alors qu’elle n’est que du vide dilaté. Les trente dernières minutes convoquent enfin des rebondissements, révélations et retournements qui arrivent trop tard pour ranimer un cadavre déjà froid, trop tard pour qu’on se soucie encore de savoir qui tue qui et pourquoi dans cette mascarade funèbre.

Il reste néanmoins quelque chose de touchant dans cet échec élégant, cette volonté de rendre hommage sans sombrer dans la surcharge grotesque d’un Fear Street, cette retenue presque aristocratique dans la citation qui trahit une certaine noblesse d’intention. Mais l’enfer du cinéma de genre est pavé de bonnes intentions, et Night of the Reaper rejoint finalement cette cohorte de films condamnés à n’être qu’un souvenir flou, une pierre de plus sur le tombeau d’une époque qui refuse obstinément de ressusciter.

1h 33min | Epouvante-horreur
De Brandon Christensen | Par Brandon Christensen, Ryan Christiansen
Avec Jessica Clement, Ryan Robbins, Summer H. Howell

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