« Nel piu alto dei cieli » de Silvano Agosti: grand moment de cinéma chaos en Blu-ray

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Voilà un film au-delà du bien et du mal: Nel piu alto dei cieli de Silvano Agosti. Ce petit frère bunuelien de Salo, effacé du grand tableau noir de la cinéphilie, connait une résurrection grâce à Oblivion, petit éditeur italien qui s’est spécialisé dans la sortie de films bis italiens crapoteux. 

S’il fallait sélectionner un film dans la filmo du turbulent réalisateur italien Silvano Agosti, ce serait bien évidemment son Jardin des Délices (1967), où Maurice Ronet rongeait son frein pendant un mariage raté. Une belle attaque en règle des constitutions en tout genre, signée juste avant 1968: plus proche de la curiosité que du chef-d’œuvre, il y en avait en tout cas assez là-dedans pour laisser un drôle d’arrière-goût dans la bouche, avec en prime une partition démoniaque et hallucinée de Ennio Morricone, probable brouillon de son score de L’exorciste II: L’Hérétique. Eh bien, ce sont des broutilles comparées au coup de burin asséné bien plus tard par le même Agosti avec Nel piu alto dei cieli (traduisible par « plus haut que les cieux »). Un film qui dépasse toutes les bornes du politiquement correct, à tel point qu’il n’a pas survécu, poignardé sans avoir franchi les frontières de son pays. Il faut dire que le générique de début, après avoir fait le tour des personnages, annonce la couleur: « Tout ce que vous verrez est du pur domaine de la fiction. Excepté les personnages ». S’ensuit un « Ce film fut réalisé en 1976 », sonnant à coup sûr comme un drôle d’épitaphe. Agosti creusait sa propre tombe et il le savait: on ne fait pas ces choses-là en terre chrétienne.

Voilà pour la situation: une dizaine de pèlerins prennent un gigantesque ascenseur pour aller rendre visite au Pape. On compte quelques hommes, une pincée de bonnes sœurs, deux prêtres, une simple d’esprit, deux gosses… Bon évidemment, il faut monter haut, alors c’est long. On bavasse, on sourit, on serre très fort les cadeaux qu’on apporte à sa sainteté. Radio Vatican crachouille dans les haut-parleurs. Inertie générale: l’ascenseur, bien silencieux, semble avoir arrêté son ascension. Alors, on respire, on se dit que ce n’est pas grave, que quelqu’un arrivera tôt ou tard. On fume une cigarette, et puis deux. Et, puis, trois. Ça gêne certains. Puis, on angoisse un peu, on s’énerve. Adieu le sang-froid. Et, puis, petit à petit, rien ne va plus, mais alors vraiment plus. L’instinct de survie, les désirs refoulés, les rivalités larvées, la haine de l’autre: on prend feu, on se consume. Tous voulaient monter au ciel et descendront en enfer.

Agosti sait bien ce dont l’être humain est capable: du pire, et probablement de rien d’autre. Que la foi, cette broutille, ne fait pas bien longtemps son effet de laisse (et surtout pas à l’un des hommes d’Église présent, laissant éclater ses pulsions pédophiles monstrueuses). Et que tout finira là où peu de films s’aventurent: dans la merde, l’urine et le sang. Un climat d’orgie désespérée, comme si l’on voyait La croisière s’amuse se crasher sur un enfer à la Jerôme Bosch. Son ambiance sonore qui rend fou, les images à la fois somptueuses et repoussantes, le regard sans fard sur la dégradation des chairs, sur les corps qui convulsent, baisent et meurent jusqu’à plus soif: tout converge vers un sentiment d’épuisement physique rarement atteint au cinéma. Ce petit frère bunuelien de Salo effacé du grand tableau noir de la cinéphilie (et qui aurait probablement fait faire des cheveux blancs au réalisateur de Virdiana lui-même) méritait bien sa résurrection d’entre les morts. Un miracle que l’on doit à Oblivion, petit éditeur italien qui s’est spécialisé dans la sortie de films bis italiens crapoteux. Leur amour pour des petites pelloches zinzin (Il Bosco, Notto Profondo ou De Produndis, le faux La terza madre avec Florence Guerin!) n’annonçaient en rien l’apparition d’un film aussi incroyable dans leur catalogue, lui qui avait disparu dans des limbes profonds et impénétrables. Une copie restaurée nantie, d’autant que des sous-titres français (chose rarissime pour l’import) ont fait apparition depuis fin mai, en édition simple ou collector. Au nom du père, du fils et du saint-chaos, Amen. J.M.

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