Régulièrement invité à Cannes, avec des films comme Dans la brume (2013), Une femme douce (2017) ou encore Donbass (2018), le réalisateur ukrainien Serguei Loznitsa a présenté au festival Cinéma du Réel (actuellement en cours à Paris jusqu’au 20 mars) Mr Landsbergis, plongée de 4h30 sur la façon dont la Lituanie a pris son indépendance de l’URSS, entre 1989 et 1991.
Querelles sémantiques et juridiques, puis envoi des chars soviétiques à Vilnius par Gorbatchev, résistance populaire désespérée, mais héroïque… À trente ans d’écart, Mr Landsbergis, documentaire de 4h30 présenté au festival Cinéma du réel à Paris, fait écho de manière saisissante à la guerre en Ukraine. À ce sujet, le cinéaste, sollicité par la question par divers médias, ne cache pas son pessimisme pour l’Europe: «L’OTAN et l’Union européenne ne vont pas pouvoir éviter cette guerre. Poutine mise tout dans ce conflit. Il est isolé comme la Corée du Nord! Il ne va pas lâcher. Et s’il parvient à réduire à néant l’Ukraine, d’autres pays vont suivre. Les pays baltes sont les prochains sur la liste.», déclare-t-il dans une interview accordée à RFI.
L’œuvre de Serguei Loznitsa, elle, n’en a pas fini avec l’histoire de l’Europe. Il met la dernière main à Histoire naturelle de la destruction, un documentaire sur le bombardement par les alliés des villes allemandes à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Quid alors d’un doc sur la guerre en Ukraine? « Peut-être que mon prochain sera un film sur cette guerre », explique-t-il dans un entretien à l’AFP. « Elle va être longue, je le crains (…) Pendant que l’Europe regardera de côté, la Russie va systématiquement détruire l’Ukraine, ville après ville, tandis que l’armée ukrainienne va défendre théoriquement le territoire pied à pied ». Mais, comme dans la Lituanie post-soviétique montrée dans Mr Landsbergis, en Ukraine, « le peuple s’est uni autour de (son dirigeant Volodymyr Zelensky) de façon incroyable (…) C’est ça qui me donne confiance dans le fait que la victoire soit du côté de l’Ukraine. Car on ne peut pas vaincre un peuple ».
En écho au texte transmis à la presse il y a quelques semaines, Loznitsa appelle également à ne pas « boycotter » les artistes russes « qui sont contre cette guerre et ce régime » parce que ce serait « une trahison ». « J’appelle tout le monde à rester raisonnable et humain et à ne pas juger chacun selon son passeport, car c’est le hasard de la naissance, mais selon ses actions ».
