La scène a duré quelques secondes. Un bref instant, d’un courage inouï, éclair de chaos. Elle-même journaliste de la principale chaîne de télévision d’État Pervy Kanal (Channel One), Marina Ovsyannikova a brusquement interrompu le journal télévisé diffusé en direct ce lundi 14 mars 2022 en brandissant une pancarte anti-guerre («Arrêtez la guerre. Ne croyez pas la propagande. Ils vous mentent») et scandant: «Arrêtez la guerre! Non à la guerre!». Elle a depuis été arrêtée.
This is fantastic. A brave woman interrupted Russian state TV’s live broadcast with a sign that says: “Stop the war. Don’t believe propaganda. They’re lying to you here." It was signed: "Russians against war.”pic.twitter.com/673cO668nM
— Julia Davis (@JuliaDavisNews) March 14, 2022
Avant d’effectuer son action militante, Marina Ovsyannikova a publié une vidéo relayée par OVD-Info, dans laquelle la journaliste, qui arbore un collier aux couleurs de l’Ukraine et de la Russie, explique son geste: «Ce qui se passe en Ukraine est un crime, et la Russie est l’agresseur. La responsabilité de cette agression incombe à un seul homme: Vladimir Poutine. Mon père est ukrainien, ma mère est russe, et ils n’ont jamais été ennemis. Le collier autour de mon cou est un symbole pour la Russie qui doit arrêter immédiatement cette guerre fratricide» déplore-t-elle. «Malheureusement, ces dernières années, je travaille pour Channel One. J’ai relayé la propagande du Kremlin et j’en ai vraiment honte: honte d’avoir laissé raconter des mensonges sur les écrans de télévision. Honte d’avoir permis la «zombification» du peuple russe» déplore-t-elle. «Allez manifester. N’ayez peur de rien. Ils ne peuvent pas tous nous emprisonner», exhorte-t-elle.
Marina Ovsyannikova, the woman who ran onto a live state TV news broadcast, even recorded a message beforehand. In it, she says her father is Ukrainian. She calls for anti-war protests, says she’s ashamed about working for Kremlin propaganda, and she denounces the war absolutely. pic.twitter.com/nOpUY9bH74
— Kevin Rothrock (@KevinRothrock) March 14, 2022
Le pouvoir russe a récemment fait voter plusieurs lois prévoyant de lourdes peines pouvant aller jusqu’à 15 ans de prison pour la diffusion de ce que les autorités considèrent comme de «fausses informations» sur l’armée. La simple utilisation du mot «guerre» par des médias ou des particuliers pour décrire l’intervention russe en Ukraine est passible de poursuites. Depuis le début de l’intervention en Ukraine le 24 février, plusieurs milliers de manifestants ont été arrêtés en Russie, dont plus de 5 000 dans la seule journée du 6 mars.
