Adieu Jean-Jacques Beineix (1946-2022)

0
147

Jean-Jacques Beineix est décédé ce jeudi 13 janvier à l’âge de 75 ans. Il laisse derrière lui des films cultes dont 37°2 le matin.

Malgré le succès fulgurant de son 37°2 le matin (la beauté du couple Dalle-Anglade, la musique de Yared, le parfum de scandale…), Jean-Jacques Beineix, réalisateur décédé jeudi à 75 ans, entretenait des relations douloureuses avec le cinéma, qui le poussèrent à se réfugier dans les documentaires et la littérature. « J’ai toujours eu une sorte de doute par rapport au succès (…) Je me suis toujours demandé ce qui allait me tomber dessus », avouait cet artiste dans l’âme, passionné de cinéma, de théâtre, de littérature, de BD, qui ne doutait pas seulement du succès mais en avait peur. « Il y a un danger dans le succès, j’ai toujours pensé ça ».

Après son bac philo, Jean-Jacques Beineix, né le 8 octobre 1946, entame des études de médecine mais sans les finir, prépare la prestigieuse école de cinéma Idhec (aujourd’hui Femis) mais la rate de peu, réalise d’efficaces spots publicitaires (notamment le spot anti-Sida multi-diffusé Il ne passera pas par moi) mais renonce, parce que « c’est bien de mettre son talent au service de causes » et que la publicité, « ce n’était pas des causes ». Après avoir fait ses armes en tant qu’assistant réalisateur de Jacques Becker (pour la série télévisée à succès Les Saintes Chéries), puis auprès de Claude Berri et de Claude Zidi, Beineix réalise en 1980 son premier long-métrage en solo, Diva. Il utilise les recettes qui feront sa renommée – photographie soignée, couleurs vives et accrocheuses, réalisme poétique – mais qui lui attirent des critiques réprouvant son « esthétique publicitaire ».

Le succès n’est pas immédiat en France. Diva a pourtant la faveur du festival de Toronto, qui lui décerne son Grand prix. Retour triomphal au pays. Le film obtient quatre César, le public s’emballe pour ce thriller mettant en scène une diva refusant de faire enregistrer sa voix, tout en airs d’opéra (et en réflexions avant l’heure sur une forme de téléchargement illégal). Six ans plus tard, Beineix connaît la consécration avec 37°2 le matin, qui devient culte: une histoire d’amour et de folie, avec Jean-Hugues Anglade et Béatrice Dalle, actrice à la sensualité animale. « Ils étaient probablement amoureux, c’était magique », se souvenait le cinéaste. Entre les deux, en 1983, il avait subi un échec cuisant, avec La Lune dans le caniveau. « La critique m’a assassiné », dira-t-il, évoquant « un traumatisme dont l’onde s’est longtemps propagée ». Le réalisateur vivra un nouvel échec en 1989 avec Roselyne et les lions, une histoire de saltimbanques inspirée d’une histoire vraie, puis un demi-échec en 1992 avec IP5, film initiatique qu’il considérait comme son « meilleur« , et le dernier d’Yves Montand, mort à la fin du tournage. En 2001, le thriller psychanalytique Mortel Transfert n’est pas mieux accueilli. Un gouffre financier pour le réalisateur, « ruiné« . Ce sera le dernier long-métrage de Beineix, qui ne tournera plus que des documentaires (Les enfants de Roumanie, Place Clichy sans complexes…), sous la bannière de sa société de production, Cargos Films.

Beineix fait également une incursion remarquée au théâtre, avec sa pièce sur Kiki de Montparnasse, égérie des plus grands peintres de son temps, et plonge dans la littérature avec un roman, Toboggan, « sur la chute d’un personnage qui a perdu la foi en l’humanité ». Béatrice Dalle lui a rendu hommage ce vendredi: « Zorg et Betty sont orphelins », a-t-elle écrit sur Instagram.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par BEATRICE DALLE (@dalle.beatrice)

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici