Avec une stratégie similaire à celle du Zack Snyder’s Justice League, Godzilla vs. Kong est disponible à l’achat digital depuis ce jeudi 22 avril sur la plupart des plateformes. Que vaut cette super-production? Notre vaillant journaliste Morgan Bizet a vu le film au nom du Chaos.
Le «sauveur du cinéma», que dis-je, le messie du cinéma est arrivé! Hourra! Godzilla vs Kong est enfin disponible en VOD après avoir signé le plus gros succès international en salles depuis plus d’un an, une prouesse rendue possible grâce au public asiatique. De quoi bander les muscles et se taper le poitrail comme un certain gorille géant du côté de la Warner et d’Adam Wingard, pauvre gars issu de l’horreur (les deux anthologies V/H/S, You’re Next et Blair Witch version 2016) largué à la réalisation de ce gros machin. On est heureux de voir que l’expérience d’une projection en salles peut encore faire vibrer des millions de personnes dans un monde ravagé par la Covid, mais il faut avouer que l’étiquette de «sauveur» accolée à ce film fait un peu tâche. Le succès monstre de Godzilla vs Kong sonne surtout le grand retour dans les salles du cinéma fast-food, gras, bourratif et sans saveur, porté par le MCU et ses maudits rejetons pendant plus d’une décennie. Un cinéma qu’on s’était accommodé à ne plus voir à l’affiche pendant plus d’un an.
Godzilla vs Kong est le digne représentant d’un Hollywood insipide, à court d’idées, devenu un marchand de séries sur grand écran, sans toutefois présenter la qualité d’écriture des meilleures d’entre elles. En effet, le scénario censé réunir les deux monstres légendaires du cinéma est d’une nullité abyssale. En dehors des affrontements, qui durent bien la moitié du film, l’intrigue les liant n’est qu’un cache-misère des plus décevants. L’idée de découvrir la «Terre Creuse», concept bancal mais amusant du film inspiré de Jules Verne (une zone au centre de la Terre dont proviendrait les fameux titans), laissait présager un souffle d’aventure bienvenu au sein d’un film du genre kaiju eiga. On fantasmait vainement un retour à la Skull Island du King Kong de 1933, ou même celui de Peter Jackson. Cependant, une fois atteint la Terre promise, le film s’empresse de la traverser pour nous mener directement au combat entre Godzilla et King Kong.
A la surface, on retrouve le personnage de Millie Bobby Brown, aperçue dans Godzilla II: Roi des monstres, lancée dans une enquête autour d’une entreprise nommée Apex, qui cache une base souterraine et un complot industriel visant à utiliser les ressources de la «Terre Creuse» pour créer l’anti-titan ultime: Mechagodzilla. On a comme l’impression de se retrouver devant un mauvais épisode de Stranger Things, ceci malgré la présence de la star de la série chérie de Netflix.
Les plus indulgents des spectateurs pourront toujours rétorquer que l’intérêt du kaiju ega ne réside pas dans son récit, mais dans la mise en scène de ses duels épiques. Certes, mais ils seront vite déçus par la pauvreté de ceux présents dans Godzilla vs Kong, certainement les plus mauvais du MonsterVerse – un comble pour un film conçu comme le sommet de l’univers partagé chapeauté par Legendary Pictures et Warner Bros. Adam Wingard peine à restituer la dimension monstrueuse et immense de ces deux titans, qui deviennent vite encombrants à filmer une fois réunis à l’écran. Elle est loin l’époque où Guillermo Del Toro faisait renaître le kaiju eiga avec l’enthousiasmant Pacific Rim… Raté en tout point, le «sauveur du cinéma» a fière allure, tiens… M.B.
Godzilla vs Kong est disponible sur Amazon Prime Video, YouTube, iTunes, Apple TV, Sony PlayStation, Microsoft Xbox, Google Play, Orange Rakuten TV, CanalVOD, Bbox, Filmo TV et Video Futur, pour la modique somme de 13,99 euros.

