[MEMENTO MORI] Kim Tae-yong et Min Kyu-dong, 1999

L’histoire d’une romance entre deux jeunes filles qui partagent un journal intime. Mais avec le suicide de l’une d’elles et la rumeur d’une âme vengeresse dans les couloirs du lycée, la peur se répand. Morbide et poétique, un film qu’on aime bien.

En latin, Memento mori est une locution qui signifie « Souviens-toi que tu mourras ». Elle désigne un genre artistique de créations de toutes sortes, qui partagent toutes le même but : rappeler aux hommes qu’ils sont mortels. C’est logiquement le titre de ce teen-movie coréen et mortifère qui tient autant du sanctuaire des sens que de la pure ghost story à filer les jetons : dans un collège sud-coréen pour jeunes filles en Corée, deux filles écrivent un journal intime à quatre mains, mémoire d’une passion trouble. Un matin, une autre trouve le journal dans la cour du lycée. Doucement, au fil des pages, elle va entrer dans le monde des amantes, découvrir leur intimité et leur secret. Le suicide de l’une d’entre elles provoque l’émoi dans l’établissement. Passé et présent se confondent tandis que le journal déploie sa fascination morbide. Lorsque les couloirs du lycée chuchotent la présence d’une âme vengeresse, la panique s’installe.

On est vite éclaboussé par la beauté macabre de la jolie expérience. Si la première partie court-circuite les codes du teenage-movie à travers la forme d’un journal intime, la seconde négocie un virage radical et lorgne vers le fantastique pimenté de gore (une tête de lycéenne dans un casier) avant de finir quelque part entre Carrie et Godzilla. Ce qui hisse le film au-dessus de la moyenne, c’est son degré de conviction, sa volonté de foncer dans le tas (briser le tabou bien réel en Corée de l’homosexualité) avec une douceur et une ferveur toute ado. Une sorte d’atmosphère d’adolescence exaltée, morbide, qui porte les personnages à vif et les situations à l’extrême. On y aime. On en meurt. On y rit. On y pleure. Les filles ont les doigts dans la prise. Et elles ont peur. La peur se répand telle la peste. Et elle rend con.

Autre atout qui nous tient quand même bien en haleine : l’envie de maintenir un degré d’ambiguïté constant grâce à l’alternance des points de vue, entre ce qui s’est passé et ce qui ne s’est pas passé. Des flashs lyriques, des collages oniriques. Les deux cinéastes convoquent les orages et les rages. Ils mettent parfois de la fumée dans le brouillard mais ce va-et-vient constant entre réalité et fantasme donne une dynamique assez forte. Même si, avec le recul, rien n’est crédible. Mais c’est le propre d’un mélodrame réussi que de suspendre l’incrédulité.

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