Chez Russ Meyer, tout commence par un paradoxe très américain : un ancien caméraman de guerre, formé à filmer le fracas du réel, qui deviendra le grand architecte d’un cinéma où les corps explosent comme des feux d’artifice. Né en 1922, vétéran du Débarquement, passé par la photo glamour et les pages centrales de Playboy, Meyer n’a jamais vraiment intégré Hollywood, il a préféré inventer son propre territoire. Un cinéma parallèle, bricolé, furieusement personnel, où l’érotisme tient du cartoon et la satire du coup de massue.
Après les nudie cuties des débuts, le coup d’éclat de The Immoral Mr. Teas et les virées plus sombres des années 60 (Faster, Pussycat! Kill! Kill! le film préféré de John Waters, en tête), Meyer atteint dans les années 70 une autonomie totale : il produit, cadre, monte, dirige, en général avec la délicatesse d’un sergent instructeur. Megavixens, troisième volet de sa trilogie des “Vixens”, ressemble à un feu d’artifice tiré sans permis.
Le point de départ : un assassinat grotesque : un vieil ermite nazi, caricature d’Hitler version fétichiste dégénéré, est liquidé dans sa baignoire. À partir de là, le film fait semblant d’enquêter. Autour du cadavre gravitent une auto-stoppeuse incendiaire (Raven De La Croix, présence tellurique), un shérif véreux, une patronne de café volcanique, un mari mollasson, quelques marginaux de passage. Une narratrice dans le plus simple appareil vient régulièrement résumer, commenter ou embrouiller encore davantage un récit qui, de toute façon, n’a aucune intention de tenir debout. Car Megavixens ne se regarde pas pour son intrigue, mais pour son mouvement perpétuel. Meyer filme le désir comme un gag visuel, la violence comme un numéro de slapstick, le mauvais goût comme un étendard pop. Tout est excessif, volontairement : les émotions, les coups, les cris, les silhouettes. Les hommes y sont souvent grotesques, pantins débordés par des femmes qui mènent la danse avec une autorité goguenarde. Ce n’est pas du réalisme, c’est du burlesque hormonal.
Là où d’autres auraient versé dans la simple exploitation, Meyer maintient une distance par le style. Montage en rafale, angles improbables, gros plans fétichistes sur des détails absurdes, musique qui part dans tous les sens : le film avance comme une fanfare ivre traversant un western de pacotille. Même les séquences les plus provocatrices sont traitées sur le mode de la farce outrée, comme si Tex Avery avait hérité d’une caméra 35 mm et d’un goût douteux pour la satire politique. Visuellement, c’est un festival : couleurs saturées, décors naturels surexposés, corps filmés comme des paysages. Meyer ne cherche jamais la vraisemblance, seulement l’impact. Chaque plan semble crier : plus fort, plus vite, plus gros. Et pourtant, derrière la démesure, il y a une vraie cohérence : celle d’un auteur qui a bâti un monde fermé, autosuffisant, régi par ses propres lois physiques et morales.
Les années passent, Megavixens reste un objet inclassable. Ni érotisme, ni comédie, ni polar, mais un film de Russ Meyer. À la fin des années 70, alors que le vent tourne et que son cinéma commence à paraître anachronique, Meyer signe ici une œuvre qui ne s’excuse de rien. On peut trouver ça épuisant, vulgaire, répétitif. Ou y voir l’ultime éclat d’un cinéaste qui n’a jamais demandé la permission, et qui aura filmé l’Amérique comme un vaste terrain de jeu libidineux, violent et absurdement drôle. Dans tous les cas, impossible de confondre Megavixens avec quoi que ce soit d’autre. Et c’est peut-être ça, le vrai luxe.
1h 20min | ComédieDe Russ Meyer Avec Raven De La Croix, Janet Wood, Ray Reinhardt Titre original Up! |
1h 20min | Comédie

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