On a beaucoup parlé de Tom Tykwer quand sa Lola courait (Cours, Lola, cours, 1998) ou durant l’adaptation impensable (et très réussie quoiqu’on en dise) de Patrick Süskind (Le Parfum, 2006). Beaucoup moins de ce qu’il a fait avant et entre tout ça. Très timidement sorti de son Allemagne natale, son premier film Maria la maléfique (titre français qui n’a pas tout compris) possédait déjà les germes du chaos. Achtung achtung comme on dit.
Maria est à la moitié de sa vie, et au bout du rouleau. Une desperate housewive, une vraie, une absolue. Chaque jour est le même, coincé entre les courses et l’aprem à tuer, tout ça dans l’appartement qu’elle connaît depuis toute petite. Pas d’enfants, mais un mari routinier qui s’en tape et un papa tétraplégique qui empile sa crasse dans la pièce du dessus. Non, Maria n’a pas une vie chaos du tout. Poor Maria. Reste le voisin d’en face, une espèce de Trelkovsky (le héros du Locataire de Roman Polanski) qui fait des listes et la regarde par la fenêtre. Deux âmes égarées qui s’appellent et n’arrivent pas à communiquer.
Pour combler son ennui, Maria écrit des lettres. Pour elle, ou plutôt pour Fomino, sa statuette fétiche, son confident, son porte-bonheur, sa tirelire, son Dieu. Comme un journal qu’on ne peut relire, elle poste chaque lettre dans un recoin cachée de la baraque. Un jour, les souvenirs reviennent, océan de papiers qu’elle avait oublié. Une vie entière. Une vie gâchée. Sur une trame de drame en torchon serviette, Tykwer y insuffle déjà toute son énergie visuelle et sonore, passant du ronflant au vibrant, de l’inertie apparente à une course folle. Fébrilement, on attend que Maria revienne à la vie, tape le poing sur la table: un sublime baiser, celui d’un amour qu’on devine fou, filmé sur fond de Camille Saint-Saëns, fera peut-être tout flamber.
Ce qu’on aime aussi beaucoup, c’est le jonglage baroque de son auteur, jamais trop sérieux, jamais trop terre à terre, plus tourné vers le viscéral ou le poétique. Comme cette crise de conscience filmée comme un Cronenberg de la grande époque (on vous dira rien chut). On se dit même que Tykwer se la joue un peu Polanski (Repulsion n’est pas loin) et puis non, c’est trop féministe, trop décalé pour ça. Jusqu’à ce dernier plan, preuve d’amour comme en raffoleraient les surréalistes.
1h 46min / Thriller, DrameDe Tom Tykwer Par Tom Tykwer, Christiane Voss Avec Nina Petri, Katja Studt, Juliane Heinemann Titre original Die todliche Maria |
1h 46min / Thriller, Drame