Découvert au FIFIB, Maman déchire, le second long métrage d’Émilie Brisavoine, confirme toutes les promesses placées dans son formidable Pauline s’arrache en 2015. Une bombe à fragmentation pleine de mélancolie.
Longtemps je me suis couché de bonne mère… Voilà un incipit qui ne sied que moyennement au propos de Maman déchire, sorte de dark-sequel au génial Pauline s’arrache, qui remonte déjà à 2015 mes aïeux (c’était le film de Noël à voir en famille au feu Mk2 Hautefeuille, nous nous souvenons très bien). « Depuis que mon fils est né, j’arrête pas de faire des cauchemars sur ma mère »: il faut dire que si la truculente Meaud – mama punk déjà aperçue dans Pauline s’arrache donc – distribue des gages d’affectivité envers son petit-fils fraîchement débarqué, elle s’est bien gardée de montrer la moindre marque d’estime à ses deux premiers rejetons, Émilie et son frère cadet Florian. En plus de jouer les vieilles biques fardées envoyant paître des deux marmots pour un oui ou pour un rien, Meaud a refait sa vie avec Frédéric, souvent déguisé en drag queen donnant dans l’occultisme mylène-farmerien, lui aussi peu avare en reproches envers un duo d’enfants trop vite confronté à la vie d’adultes (le père biologique est lui resté à Toulon, et sa discrétion dans le film prouve bien qu’il est étranger à tout ce tumulte familial parisien).
Émilie et son frère vont donc devoir supporter comme des grands les sorties hautes en couleurs de Maman – qui insulte et qui cogne tout piéton ayant la mauvaise idée de lui lancer un regard de travers – et vivre dans l’étrange passivité que suppose ce type de personnalités, aussi cinégéniques que toxiques (et, c’est bien le nœud du film, d’une certaine façon génial). Rien ne semble arrêter les incartades de cette génitrice border capable de braver à elle seule l’attaque coordonnée de 1000 punaises de lit ou de guérir les morts, grâces à d’évidentes capacités médiumniques… La lente gestation du film s’explique par un revirement en cours de route: d’une comédie-portrait aux accents colorés et pittoresques, Maman déchire dessine en fait quelque chose de beaucoup plus sombre, aspirant dans un épais brouillard des enfants (trop?) lucides quant à la méchanceté de Madame, et des adultes tétanisés et conciliants cherchant un pardon qu’on sait d’avance impossible. Car, en dépit de ce qu’une certaine littérature confortablement installée dans les achalandages Relay veut nous faire croire, on ne guérit pas les enfances blessées en pondant un livre ou un film sur ses traumas!
Archives betacam, photos de famille, échanges Skype, filtres Snapchat permettant de jouer habilement le passage du temps et flux Youtube de chaînes consacrées au développement personnel seront tout de même mises à contribution dans ce film chaos s’il en est, sans oublier de vieilles émissions pédagogiques autour du cosmos et de son potentiel destructeur. Amis distributeurs, c’est le moment de vous positionner sur cette bombe à fragmentation pleine de mélancolie… G.R.
