« L’arbre aux papillons d’or » de Pham Thiên Ân: la Caméra d’or toujours en salles, une petite révélation

0
553

Le premier long-métrage de Pham Thiên Ân s’ouvre sur un des plus beaux plans vu au cinéma ces dernières années. Un match de foot au milieu des rues de Saïgon, en pleine nuit. La caméra se déplace latéralement par un lent travelling jusqu’à une terrasse d’un bar ou d’un restaurant. Seul le brouhaha de la foule se fait entendre, avant qu’on ne distingue trois voix qui conversent sur la foi, trois jeunes hommes attablés autour d’une pinte de bière. L’un d’entre eux déclare qu’il ne croit plus au destin. Quelques secondes après, une bourrasque provoque un tumulte dans l’assemblée, et un accident de scooter a lieu hors champ, avant que la caméra ne se pose sur les victimes. Plus tard, on apprend que parmi les victimes de l’accident se trouvait la belle-sœur du jeune homme nommé Thien, morte des suites de ses blessures, ainsi que son neveu, qui lui a survécu. Il part alors dans sa région natale du sud du Vietnam à la recherche de son frère disparu, qui a refait sa vie, afin de lui confier le petit survivant. Thien ne croyait plus au destin, ce dernier a fini par le rattraper.

L’Arbre aux papillons d’or est nourri du trouble qui envahit son personnage principal. Écartelé entre doute et foi, Thien fait l’expérience de prodiges, dont on ne sait s’ils ont réellement lieu ou s’ils sont le fruit de rêveries éveillées. Pham Thiên Ân déploie un arsenal de visions parmi les plus marquantes du cinéma contemporain. En dehors du fameux arbre qui donne son titre français au film, on pense aux tours de magie qui parsèment le récit (pourtant bien réels d’après les dires du cinéaste) ou encore cet autre plan-séquence en mobylette à travers un village du sud du Vietnam, se terminant dans la demeure d’un vieil infirme, où ce dernier présente des stigmates corporels à Thien. Le plan reproduit alors L’incrédulité de Saint-Thomas de Caravage. Mais chez Thien An Pham l’impression de surnaturel et d’étrangeté vient davantage de sa mise en scène que de ses effets. Les plans-séquences, figures très à la mode dans le cinéma d’auteur contemporain, ne correspondent nullement à une vision absolutiste d’un cinéaste mégalomane, mais conserve une forme de mystère, en préservant une grande place au hors champ.

Pour un premier long-métrage, L’Arbre aux papillons d’or fait en tout cas preuve d’une direction et d’une vision impressionnantes. Voilà une caméra d’or qui n’a pas volé son prix. C’est d’autant plus exceptionnel quand on s’intéresse au parcours de Pham Thiên Ân, réalisateur autodidacte qui s’est formé en exerçant pendant une décennie le métier de vidéaste pour des mariages. Un vécu qu’il intègre dans son métrage, Thien étant un double du cinéaste, et un parcours qui nourrit son cinéma: lenteur, observation, choix du regard, composition des plans. S’il ne se dépareille pas de quelques longueurs (l’envers des lenteurs) ainsi que quelques références encore trop voyantes (Bela Tarr, Tarkovski, Tsaï Ming Liang) qu’on incombera à sa jeunesse, L’Arbre aux papillons d’or est un quasi parfait premier coup d’éclat. M.B.

20 septembre 2023 en salle / 2h 58min / Drame
De Pham Thiên Ân
Scn Pham Thiên Ân
Avec Le Phong Vu, Nguyen Thi Truc Quynh, Nguyen Thinh
Titre original Bên trong vỏ kén vàng

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici