Avant de révéler les autres tops de l’année (cinéma, jeux vidéo, vox populi…), répondons à cette question turlupinante: quels sont les clips les plus chaos de 2021? Réponse dans notre top 10.
Quel état du clip dans le monde d’après? Étrangement, on n’est pas sûr d’y voir plus d’amertume ou de rage qu’auparavant. Osons même le dire, 2021 est une année plutôt calme (là où il avait fallu grimper jusqu’au top 15 l’année précédente!). Une chose est sûre en tout cas: on peut toujours être fier de nos produits locaux (beaucoup de frenchies) et le queer semble plus que jamais déterminé à nous sauver d’un monde morose!

1. Fou de Bassan – Jita Sensation (Yann Gonzalez)
Devrait-on parler de clip ou de court? Il y a un peu d’ambiguïté, mais au fond, on s’en fout parce que c’est sacrément beau. Après son tour de manège (Locarno, Étrange Festival, Cinémathèque…), il arrive enfin. Quatre minutes de cruising lesbien dans le brouillard au son d’un sexy saxo: un ballet de cuir, de tétons et de langues. Une nuit de la pleine lune qui donne l’impression de voir La cité des femmes de Fellini par Stephen Sayadian. Le porn-chic (même si cela reste bien doux) des 80/90’s ressuscité par une sensibilité comme on les aime, où la tendresse n’empêche jamais la débauche des sens. On jurerait voir débarquer Zara Whites ou Selena Steele. Le genre de bonheur qu’on aimerait voir durer une vie entière…
2. Montero (Tano Muino) / Industry Baby (Christian Breslauer) / That’s what I want (Stillz) – Lil Nas X
Qu’on le veuille ou non, être un chanteur ouvertement gay/queer reste toujours un acte subversif en 2021, et en particulier quand on se refuse à jouer la carte du gendre idéal. Très (très) malin, Lil Nas X l’a bien compris. Il faut imaginer la stupéfaction des culs-bénis (plus que jamais de sortie) et des endives homophobes (toujours plus à l’aise dans leur haine) de voir ce jeune gars de 22 piges se faire lécher onctueusement dans le jardin d’Éden avant d’aller twerker sur le trône de Satan. D’un côté le scandale évidemment; de l’autre, l’admiration absolue. Jeter le pavé dans la mare? Trop peu: là, c’est la bombe dans le lac! Dans une promo ouvertement kitsch où il n’hésite pas à s’érotiser à outrance, à rouler des pelles à ses danseurs en plein live ou s’afficher enceinte de son prochain album (!!!), le prodige enchaîne avec deux clips tout aussi hauts en couleurs: l’un, où dans une prison rappelant celle de Telephone, il évoque son propre parcours dans la musique avec une choré à oilp en prime (accompagné par un Jack Harlow relégué en caution hétéro), l’autre, où il se rêve footballeur gaufrant son coéquipier d’amour dans les vestiaires avant de finir en mariée déchue! À une heure où les placards du show-biz sont encore bondés, Lil Nas X redouble d’intelligence, d’humour et de sensualité pour s’afficher au grand jour dans les hits-parades. Et le monde en a bien besoin.
3. Peur des filles (Aube Perri) / Hématome (Roxane Lumeret & Jocelyn Charles) – L’impératrice
Un incroyable enchaînement venu de L’impératrice. D’abord, un hommage truculent à la série Z fifties, où l’amour du toc et du sang ketchup déborde de partout. Puis un splendide trip qu’on jurerait avoir été réalisé dans les 70’s: les efforts payent, c’est sans doute ce qu’on a vu de plus inventif, de plus beau et de plus chaos en animation cette année!
4. Save your tears – The Weeknd (Cliqua)
À fond sur l’autoroute de l’autodestruction et du grotesque, The Weeknd enfonce le clou dans ce bal des maudits façon Eyes Wide Shut, où il affiche un visage boursouflé et lifté à l’extrême, sorte d’enfant illicite des frères Bogdanov et de Lolo Ferrari. Ambiance bizarre et flamboyante façon NWR, progression baroque et inconfortable: tout ce qu’on aime voir dans la pop en fait. Dommage que sa nouvelle ère ne s’annonce pas aussi inspirée et inspirante…
5. Rave Against the System – Vitalic feat Kiddy Smile (Alexis Langlois)
En plein terrain covidé, qui d’autre que l’infernale Langlois pour filmer une rave suintante où l’on se mélange sans distanciation sociale?! La sublime Rose Walls, telle Alice glissant au pays des merveilles y découvre un capharnaüm de mutants sous hypnoses (où l’on aperçoit les silhouettes de François Sagat, Alma Jodorowsky, Tom de Pekin, Romy Alizée…). Même en version floutée (YT n’aime pas la chair), il y fait très chow.
6. Epilogue – Daft Punk
C’était assurément l’une des grandes mauvaises nouvelles de cette année (et dieu sait qu’il y en a eu!): la séparation des Daft Punk, annoncée dans une explosion sourde empruntée à une séquence mémorable de leur merveilleux film Electroma. Mais l’ajout de leur titre Touch – non présent initialement – finit par rendre ce crépuscule encore plus déchirant. Du mystère et de la majesté jusqu’au bout.
7. L’Acqua Fresca – Mansfield TYA (Nicolas Medy)
Toutes les figures entraperçues dans l’abbaye de l’électrisant Auf Wiedersehen (première place de l’instant chaos 2020 rappelons-le) errent cette fois, seules ou à deux, dans les cellules d’une immense prison d’amour. Celle de l’île de Maldoror, semblable à une certaine création de Bocklin. C’est le pénitencier d’Alien 3 hanté par le jaune crémeux de Querelle ou Un chant d’amour façon transgenre (pour rester chez Genet). Moins dans la confrontation tant musicalement que dans son déroulé, L’aqua fresca offre un répit à ses amoureux solitaires, en attendant un éventuel nouveau volet de cette étrange aventure dont la grammaire visuelle gravée sur 35 mm donne plus envie d’évasion que la majorité du cinéma français actuel…
8. En Chien – Chloé Delaume (Axel Würsten)
Axel Würsten anime les soirées contrariées de Chloé Delaume, prix Medicis de l’année dernière qui s’est mise pour l’occasion à la chanson. Une sorte de C’est la ouate qui aurait mal tourné ou l’écrivaine endosse le costume d’une vieille fille s’oubliant dans les froufrous, le temps d’un soir de beuverie en solitaire. Bien arrosée, fort poudrée, elle se rêve marquise en noir & blanc amoureuse d’un Saint Sébastien d’or (incarné par un étonnant sosie de Lukas Ionesco!). La photo râpeuse et sublime renvoie d’autant plus à la décadence des clips des années 80 (Libertine ou Adélaïde, au hasard…). Un joli plongeon dans une longue ivresse bizarre, telle une fine bulle de champagne empoisonnée.
9. Homonculus – Sevdaliza (Willem Kantine)
Avec ses faux airs de Kim Kardashian des ténèbres, Sevdaliza n’est clairement pas là pour rigoler. Enceinte jusqu’aux dents en Nikita de fortune, elle affronte à elle seule un groupe de tueurs avant de finir torturée et suicidée. Un étonnant parcours masochiste à la plastique impeccable.
10. All for You – Welshy (Arthur Studholme)
Ça commence comme une romcom teubée, avec un mec à l’air idiot et une douce inconnue qui se frôlent dans un bus. Un bel hommage à notre faculté de tous les jours à laisser vagabonder notre imagination, à se fabriquer des films le temps d’un regard, d’une rencontre… mais le tout amplifié à une échelle résolument montypythonesque. C’est d’une connerie abyssale, et c’est donc irrésistible.
