« Life of Belle » de Shawn Robinson : ça commençait bien et puis…

Chez Chaos, on aime les monstres qui bavent, les enfants possédés et les vidéos pourries tournées avec un vieux Nokia oublié dans un tiroir. Alors sur le papier, Life of Belle avait tout pour nous plaire : une gamine disparue, des parents cramés de l’intérieur, une maison pavillonnaire plus flippante que l’Overlook et ce bon vieux found footage. Style bâtard et granuleux qui sent la VHS moisie et le démon dans le grenier. Sauf qu’ici, la bobine a beau trembler, l’effroi lui reste désespérément figé.

On commence par un classique : la flicaille débarque dans une maison pleine de silence, tombe sur trois cadavres tièdes et note l’absence d’une enfant de huit ans, Annabelle, alias Belle. Pas de sang sur les murs, mais une atmosphère à découper au scalpel. Dans leur grande mansuétude, les autorités décident de publier les enregistrements de la maison, histoire de titiller l’instinct de justicier des voyeurs. Un peu comme si Paranormal Activity passait en boucle sur BFM. Le montage est un patchwork de deux sources : les caméras de surveillance, qui filment tout avec l’amour d’un radiateur, et la chaîne YouTube de la fillette, Life of Belle, où elle documente ses journées entre vers de terre et chamailleries avec son petit frère. Et là, magie noire : ça marche. Belle, incarnée par Syrenne Robinson (la fille du réalisateur), est crédible, attachante et lumineuse comme un feu follet au-dessus d’un marécage. Mais derrière les petites joies enfantines, la nuit rampe.

La mère (Sarah Mae Robinson, elle aussi tirée du livret de famille) commence à dériver. Elle parle seule, fixe les coins sombres, passe d’un regard vide à des crises d’hystérie avec la grâce d’un ascenseur en panne. Le père (Matthew Robinson, toujours le même arbre généalogique) s’éclipse pour le boulot, laissant les mômes seuls avec une épave sous Lexomil. Et là, évidemment, ça part en vrille. La maison devient hostile, la tension monte, les couloirs se resserrent, et l’on sent que quelque chose – ou quelqu’un – attend son heure tapie dans l’ombre. Il faut le dire : l’ambiance fonctionne. Le fait d’avoir une vraie famille à l’écran, avec ses maladresses et ses automatismes, confère une authenticité troublante à l’ensemble. Les gosses surtout, sont bluffants. Ils ne jouent pas, ils vivent le film. Même quand ils dérapent un peu, c’est pour mieux nous rappeler qu’ils ne sont pas acteurs, mais enfants pris dans une spirale infernale. Quelques jumpscares bien placés, même s’ils semblent empruntés à la VHSthèque de Sinister, font sursauter juste ce qu’il faut. On commence à y croire.

Mais hélas, comme souvent dans ces contes où l’on filme la terreur à bout de bras, le soufflé retombe. Le rythme s’effiloche, les scènes s’étirent. On piétine. Le script ressasse la sempiternelle rengaine du parent qui voit des fantômes, mais que personne ne croit. Ça fait combien de décennies qu’on nous sert ce cocktail tiède : déni conjugal, médocs suspects, et parano galopante ? C’est non seulement éculé, mais aussi maladroit quand il s’agit d’évoquer la santé mentale. Encore une fois, on réduit la psyché à une boîte de Prozac et à des regards hagards. Pas très finaud, ni très respectueux. Et puis vient le final. Ou plutôt le crash final.

L’inspiration lorgne du côté de Skinamarink (2022), ce poème expérimental où deux enfants se perdent dans une maison devenue labyrinthe mental. Sauf qu’ici, on ne touche jamais à l’abstraction. On reste dans le bruit, la fureur, les cris d’enfants enregistrés à plein volume comme un criquet dans une boîte à gants. C’est plus épuisant que terrifiant. Le twist, censé être la cerise sur le gâteau de l’horreur, nous laisse plutôt le goût d’un Mon Chéri : pas très subtil et vaguement ridicule. Il ne choquera que les distraits.

C’est là que le bât blesse : Life of Belle avait toutes les cartes en main. Une idée forte, un dispositif simple, mais efficace, une famille impliquée, quelques fulgurances dans la mise en scène. Mais il ne sait pas quoi faire de son potentiel. Il hésite entre chronique familiale, drame social et horreur surnaturelle, sans jamais trancher. L’introduction promet monts et merveilles, le développement ralentit, et la conclusion nous balance dans une impasse poisseuse d’où l’on sort frustrés plus que secoués. Alors oui, c’est un projet sincère. Oui, c’est fauché, mais fait avec les tripes. Oui, la petite Belle mérite d’être retenue dans les annales des enfants flippants du found footage. Mais entre les longueurs, les clichés psychiatriques et un final qui fait plouf, Life of Belle finit par ressembler à un cauchemar dont on se réveille avec la désagréable impression qu’il manquait quelque chose. Du souffle, de l’audace, ou juste un peu de silence.

Les articles les plus lus

« Scream 7 » de Kevin Williamson : de l’épouvante épouvantable

Si on comprend mieux, après l'avoir vu en salles,...

[LA FOIRE AUX TENEBRES] Jack Clayton, 1983

Au début des années 80, les studios Disney se...

« La gifle » de Frédéric Hambalek : trop théorique, pas assez organique

Passé par la Berlinale 2025 mais resté relativement discret,...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!