[LES SAISONS DU PLAISIR] Jean-Pierre Mocky, 1988

Le regretté Jean-Pierre Mocky était un grand prolifique, tournant coûte que coûte, et tant pis si tout le monde s’en foutait : deux films en 2017, deux en 2016, trois en 2015. Pour qui ? Pourquoi ? Comment ? Et il en a fait des conneries le Mocky, succulentes même parfois. Pour ceux qui n’ont pas tout suivi, Les Saisons du plaisir est peut-être le dernier qui a marqué les esprits. Le plus diffusé aussi. Les affiches, ravissantes et obscènes, avec des fruits charnus et aguicheurs, donnaient le ton. Tout sera cul et tout sera prétexte, à commencer par l’intrigue elle-même: le centenaire (Charles Vanel !) à la tête d’un empire du parfum réunit plusieurs de ses employés pour choisir son successeur. Mais le vieux s’en fout, et voudrait juste renvoyer tout le monde, ce que les concernés ignorent évidemment. Ainsi, dans un château du Sud de la France, de grandes gueules se bousculent, l’esprit échauffé tant par l’appât du gain que par leur libido. Des plus jeunes aux plus vieux, ils ne pensent qu’à ça. Et alors là, quelle galerie!

Un parfumeur célibataire tente d’amadouer des conquêtes par l’argent, un couple de libertins empêche leur fille de vivre son amourette de vacances, des tourtereaux qui s’engueulent quand ils ne se sautent pas dessus, une lesbienne mariée à un vieux cochon émoustillée par la pilosité d’une femme de chambre, un mari voyeur jetant sa femme dans les bras de plus jeunes garçons… Tout le croustillant réside dans le casting, où chacun connaît son moment de gloire : Stéphane Audran et Sylvie Joly regardent des pornos avec Richard Bohringer et Bernard Menez, Jacqueline Maillan se fait surprendre au téléphone rose par sa Denise Grey de Maman («Mais Maman, que va devenir crapaud pervers??»), Darry Cowl tente de draguer sans succès un jardinier, Bernadette Lafont se fait prendre par le soupirant de sa fille : un best of goguenard et irrésistible où l’on se fiche bien finalement du fil rouge (suffit de voir d’ailleurs comment le film se termine : n’importe comment !). Détail insolite : le film se montre totalement avare en chair, sans doute bien pour signifier qu’on n’est pas devant un porno, ce qu’il aurait pu tout à fait être !

Pas de main dans le pantalon : nous voilà devant une farce ensoleillée, une réunion polissonne vaporisée de parfum bon marché et de petite fuite nucléaire, où l’on savoure les badineries et la bêtise humaine avec une belle cuillère à soupe. Aujourd’hui, on imaginerait mal d’aussi grands talents se vautrer avec autant de légèreté dans la paillardise, et surtout sans morale cucul ni idées nauséabondes. Chiche ?

10 février 1988 en salle / 1h 28min / Comédie dramatique
De Jean-Pierre Mocky
Par Jean-Pierre Mocky
Avec Stéphane Audran, Jean-Pierre Bacri, Jean-Luc Bideau

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