« Le gang Jonsson » de Tomas Alfredson: une comédie d’un autre âge par le réalisateur de « Morse »

Pour ceux qui seraient passés à côté de l’info, Le gang Jonsson, le nouveau long métrage de Tomas Alfredson, réalisateur qui avait la côte il y a dix ans avec Morse et La taupe avant de tout dilapider avec le catastrophique Le bonhomme de neige, sort directement en loucedé en VOD.

Avant de connaître un succès phénoménal avec son sublime film de vampires Morse en 2009, le réalisateur Tomas Alfredson a signé des films populaires dans sa Suède natale: Bert – Den siste oskulden en 1995 ou encore Kontorstid en 2003 que ceux qui possèdent Netflix peuvent découvrir – la plateforme l’ayant sorti en mars dernier dans l’indifférence générale. Des films longtemps invisibles hors de Suède et on peut comprendre pourquoi (les idiosyncrasies, l’humour bizarre…). Ce qui en ressort, pour peu que vous en fassiez la découverte tardive, c’est que Alfredson aimait déjà beaucoup les actrices/acteurs avec des perruques, de grosses lunettes et des costumes pis que dans un épisode de Derrick. Et que ça le faisait hurler de rire. C’est aux commandes d’adaptations comme Morse, adaptation du roman Laisse-moi entrer, intitulé Låt den rätte komma in en version originale, de John Ajvide Lindqvist et La taupe, bonne adaptation du premier roman de la Trilogie de Karla, de John Le Carré qu’il a réellement rencontré un succès mondial, et mérité.

Bonne idée au demeurant de confier les manettes à un cinéaste comme Tomas Alfredson qui ne connaissait a priori rien aux vampires ni aux espions (ce sont les profanes qui réalisent les meilleurs films de genre). Mais c’en est une mauvaise que de regarder Le gang Jonsson, nouvelle adaptation de la populaire série de films suédoise sur le Johnson Gang (huit titres produits entre 1981 et 2000 qui ont été suivis du Young Johnson Gang). Après avoir purgé sa peine, un homme retourne à la vie civile avec un nouveau coup en tête, qu’il a eu, en prison, tout le loisir de planifier dans les moindres détails. Mais ses anciens partenaires se sont rangés et coulent des jours paisibles. A moins qu’une couronne royale et une pierre mythique les fassent changer d’avis… Si le cinéaste déploie un vrai savoir-faire visuel, notamment lors d’une introduction bien menée, il nous paume dans les méandres de cette comédie tendance Ocean’s Eleven sous Tranxene qui pèse des kilotonnes lestée d’un enjeu de braquage faible, d’une intrigue lâche et de personnages dans la caricature et l’exubérance permanentes. Là aussi, on en retient que ça l’amuse toujours de filmer des vieilleries, mais ça n’amuse pas grand-monde (une moyenne de 3,9/10 sur Imdb). C’est à la fois très démodé dans la facture, dans la vision du monde, dans l’humour, dans tout, et très déconcertant: que cherche ce cinéaste? Sur ce dernière point, deux options possibles: soit l’expérience d’un grand studio l’a laminé (Universal pour Le bonhomme de neige) et l’a transformé en faiseur cynique; soit il n’en a strictement rien à foutre (et ce depuis le début, bien avant l’éclat trompeur de Morse). Et si c’était la seconde?

Le gang Jonsson de Tomas Alfredson, disponible en Canal VOD

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