« La traque », « Attention les enfants regardent »… Serge Leroy, cinéaste chaos oublié par l’histoire du cinéma

0
2294

On a farfouillé dans les archives de l’INA: mis à part quelques entretiens promo n’excédant pas les 5 minutes, Serge Leroy n’a laissé aucune trace dans les archives de la TV française. Vu le casting affriolant qui a pavé sa filmo (Delon, Trintignant, Darc, Noiret, ou encore cette brochette qui chasse le gibier dans La Traque), on pouvait légitimement supposer que c’était le temps qui avait effacé son nom de l’histoire officielle du cinéma. Que nenni: il n’y a jamais figuré. Pas même une entrée dans la triple encyclopédie Jean Tulard qui dort sagement dans la cave: rien.

Toute une pléiade de cinéphiles a pourtant vu La traque. Mais le plus connu des films méconnus n’est pas le seul fait de gloire du beau Serge: il s’inscrit dans une tripotée de films passionnants, dont certains n’ont suscité que viles moqueries chez les critiques embidochés du Masque (« ATTENTION ! NE REGARDEZ PAS CE FILM »: comme quoi, c’étaient déjà pas des fins limiers à l’époque). Le chef-d’œuvre en question s’appelle Attention, les enfants regardent (1978) et il embastille quatre gosses de riches dans une villa famille sur la Riviera. Plus les visages sont angéliques, plus les marmots sont des salopards (je vous laisse imaginer la tête de nos cinéastes contemporains quand ils découvriront qu’un enfant gros lard peut être autre chose qu’une sempiternelle victime avec un cœur gros comme ça). À croire que le coprod’ Norbert Saada aime la marmaille qui s’enquille des Gauloises et des binouzes puisqu’il nous refera le coup en 1984 dans Canicule.

L’autre pièce de choix s’appelle Les passagers (1977) et il faut imaginer là un Trintignant (Jean-Louis) donnant le change à des flics azurris dans un road-movie qui oscille entre Duel et Le Fanfaron. Ou ce Légitime violence (1982), un french vigilante qui traine encore aujourd’hui une réputation de nanar-polar (y compris au sein de la rédac) et qui sera un jour, l’auteur de ces pages met une galette là-dessus, réhabilité. Chez nous, on n’a toujours pas compris si Sergio est un gauchiste tendance Boisset ou un camisard au-dessus des partis rejetant d’un même index récalcitrant les soixante-huitards et les pros peine de mort: c’est ce qui fait tout le charme de notre Sam Peckinpah francilien. G.R.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici