La séance de rattrapage : « Occult » (Kōji Shiraishi, 2009)

Second opus du réalisateur de Noroi : the Curse (2005), autrement plus populaire, Occult (2009) n’a manifestement pas accédé au statut culte de son aîné. Kōji Shiraishi reprend ici le dispositif du found footage – auquel toute sa filmographie restera d’ailleurs fidèle – sous la forme d’un « documenteur » consacré à une attaque arbitraire au couteau. L’incident a lieu trois ans plus tôt sur un site touristique japonais et fait deux victimes ; le tueur grave ensuite un pétroglyphe compliqué dans le dos d’une troisième, Eno, qu’il épargne mystérieusement avant de se jeter du haut d’une falaise. L’enquête va mettre au jour une série d’éléments disparates – UFOs, fantômes, catastrophes naturelles et dieux cosmiques – qui s’organisent bon train, et avec une étonnante fluidité, autour de cette improbable figure christique.

On y retrouve le bingo familier du found footage ésotérique, avec force prestidigitations bon marché, apparitions fugaces et hallucinations gastéropodiques lovecraftiennes, dont le minimalisme rétro n’est cependant pas dénué de charme. Jusqu’à la bouffée délirante post-générique, le film semble presque ronger son frein, faisant preuve d’une retenue remarquable dans ses représentations. On ne peut par exemple pas en dire autant du récent Strange Harvest (Stuart Ortiz, 2024), faux « Netflix true crime » dont de nombreux éléments évoquent étrangement Occult et qui cède aux sirènes de l’IA avec des images de scènes de crime aussi vilaines que superflues.

Mais c’est moins l’enquête que l’ambivalent personnage principal qui fait la force de ce film : le documentaire et son réalisateur – Shiraishi lui-même – s’attachent à ce rescapé neurasthénique, qui se voit même confier la caméra à plusieurs reprises. A ce titre, Occult est un plus proche parent de l’awkward horror des Creep (Patrick Kack-Brice, 2014 et 2017) que de Strange Harvest. Eno apparaît d’abord comme un pauvre hère un peu fêlé de la soupière, puis révèle peu à peu ses tendances parasitaires, pour devenir enfin carrément inquiétant – mais sans jamais se départir d’une vague aura de clochard céleste, de prophète cosmique, suffisamment convaincante pour embrigader le réalisateur dans sa mission.

Clou du spectacle, Kiyoshi Kurosawa nous gratifie à mi-parcours d’un guest starring en tant qu' »expert », durant lequel il gribouille nonchalamment au Weleda sur un grand tableau. Un film chaos donc, farfelu et parano mais aussi modestement éloquent dans cette figure tragique qu’il convoque, tout droit sortie des nappes traumatiques profondes de la culture nippone.

Film de Kôji Shiraishi · 1 h 50 min · 21 mars 2009 (Japon)
Genres : Épouvante-Horreur, Drame
Pays d’origine : Japon

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