Entrée remarquée dans la cour des longs couteaux, La maison de la terreur de Sir Lamberto Bava retrouve ses marques.
Probablement pris de court au début des années 80 par la brutalité bovine du slasher américain, le giallo préférera se laisser mourir dans une cascade productions gauches et racoleuses, plutôt que de suivre les recettes de l’Oncle Sam. Vulgaire et barbare (et on adore ça), Ténèbres de Dario Argento semblait donner le dernier coup de hache au genre. Bad timing pour Bava Junior, ce brave Lamberto qui fit ses premières armes sur le dernier film de Papa Mario (le très moyen Shock), avant de filmer un huis-clos pestilentiel écrit par ce nécrophile de Pupi Avati (le mémorable Baiser Macabre). Le fiston du grand maestro de l’horreur italienne se cherche: avant de se trouver dans un baroque toc qui fera la joie de la génération berlusconi, il tente un passage par le giallo avec La Maison de la Terreur, aka La casa con la scala nel buio (= «La maison aux escaliers plongés dans l’obscurité», merci la France pour cette fois, hein). Et du giallo classique de chez classique, à deux doigts du dégraissage au destop: un lieu unique, un tueur (ou plutôt une tueuse, puisque des mains élégamment vernies remplace les gants en cuir usuel), beaucoup de comédiennes au regard félin (Anny Papa, Lara Lamberti, Fabiola Toledo, Valeria Cavalli : toutes sublimes) et… c’est à-peu-près tout!
Dans une grande maison vide, un compositeur de films d’horreur devra faire face à une présence meurtrière, fortement amatrice d’armes blanches (dont la première sera un minuscule cutter!). Hormis une séquence de meurtre à la brutalité sidérante, coupant court à un shampooing à même le lavabo d’une des protagonistes, et son final foufou en mode queer panic, La Maison de la Terreur ne joue pas trop la carte de la surenchère. Il faudra attendre la fin des années 80 pour voir Bava revenir au genre de manière bien plus décomplexée et racoleuse, comme avec le formidable Delirium, avec Sabrina en reine des abeilles et Serena Grandi que tout le monde veut mettre nue dans de grands décors fluos. Probablement très impressionné par l’esthétique «clean» de Ténèbres sur lequel il était assistant real, Bava tente de capter ce malaise du vide, sans parvenir hélas à retrouver la puissance de son collègue. Bavard et peu trépidant, La maison de la terreur doit beaucoup à sa vf atomique, portant indubitablement le sceau des Films Jacques Letienne, distributeur spécialisé autrefois dans les grands hits de la comédie pouet-pouet. L’avantage de l’incomparable surjeu à la française donne l’impression de contempler une version alternative du film! J.M.
