« L’agent secret » de Kleber Mendonça Filho : thriller, mélo, fantastique… un passionnant dédale cinématographique à travers les genres du cinéma

Parmi nos plus grosses attentes du Festival figurait le 4e long-métrage de fiction de Kleber Mendonça Filho, dont on avait eu quelques informations de première main lors de notre rencontre avec lui, il y a 2 ans pour la promotion de son documentaire Portraits Fantômes. L’Agent Secret a finalement bien vu le jour, avec la star brésilienne Wagner Moura (Narcos, Civil War) dans le rôle principal, et s’est même frayé une place en Compétition.

Somme de tous les films de son auteur, et surtout des recherches effectuées sur la ville de Recife, son histoire, ses salles de cinéma et ses secrets pour Portraits Fantômes, L’Agent Secret est un passionnant dédale cinématographique à travers les genres du cinéma (du thriller d’espionnage au film-dossier, en passant par le mélo et l’horreur). En tant que film d’un ancien critique émérite, on n’en attendait pas moins. Projet le plus ambitieux à ce jour de Kleber Mendonça Filho, le film déploie sur trois actes une flopée de sous-intrigues et parenthèses en apparence déconnectées pour mieux les unir dans un épilogue émouvant. D’où le côté fresque du film, pas si éloigné de la telenovela, reine de la fiction brésilienne, que Mendonça Filho ne rejette absolument pas, mais qu’il transcende avec tout ce que le cinéma peut offrir formellement : flashbacks, flashforwards, montages parallèles, surimpressions.

L’Agent Secret est donc un film fondamentalement brésilien, comme en témoigne sa force tranquille, désarçonnante, typique de la saudade. En cela, il est pendant longtemps un anti-thriller, déjouant sans cesse la promesse initiale de son titre. Le personnage principal, Marcelo/Armando (Moura, dans le rôle de sa vie) se révélant tout sauf agent secret, mais homme banal pris pour cible par les pouvoirs en place : police, riches industriels, tueurs à gage, et (presque) hors champ, la dictature.

Il est curieux de voir ce film quelques mois après Je suis toujours là de Walter Salles, primé à Venise et aux Oscars, tant les deux communiquent, le deuxième étant une variation cinéphile et habitée du premier, pris au piège par sa nature ontologique de biopic mélodramatique. On peut voir dans la complexité narrative de L’Agent Secret le désir de restituer les difficultés connues par les enfants et petits-enfants des victimes de la dictature militaire à faire reconnaître le sort de ces derniers. Seule la redécouverte d’archives éparpillées, enfouies, a pu rendre justice à cette horreur. C’est l’un des plus vibrants hommages.

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