Jim Cummings, réalisateur de l’épatant The Beta Test, présenté au Champs-Élysées Film Festival (du 14 au 21 septembre 2021) et en salles ce mercredi, règle ses comptes avec Hollywood.

INTERVIEW & PHOTO: SINA REGNAULT

Quelle est votre profession?
Je suis réalisateur et acteur.

Quel est votre parcours?
J’ai réalisé un court-métrage qui s’appelle Thunder Road, dans lequel je joue, qui a ensuite été transformé en long. J’ai fait un autre film qui est resté inédit en France (The Wolf Of Snow Hollow, 2000) et aujourd’hui, le dernier en date, c’est The Beta Test. J’en suis assez content. C’est un genre de slapstick: avec du drame, de l’horreur et de la comédie.

Quels ont été vos influences?
J’ai été inspiré par Zodiac de David Fincher, dans lequel un meurtre ponctue régulièrement le récit. J’ai aussi beaucoup été influencé par American Psycho de Mary Harron (adapté du roman de Bret Easton Ellis). Un film où les monstres portent des costards.

Sur quoi travaillez-vous actuellement?
Des trucs. Des choses et d’autres. Mais vous savez, faire semblant d’être enthousiaste à propos de projets qui ne vous intéressent pas, ce n’est pas facile. C’est déshumanisant et si peu naturel. Je sais que la plupart des gens à Hollywood sont très bons dans ce domaine. Ils vont à des réunions, serrent des mains, sourient; comme si c’était de la politique. Et je suis un très mauvais politicien. Si je suis entré dans le monde de l’art, c’est aussi pour ne plus avoir affaire à la politique, et toutes ces conneries. Rencontrer des big-boss en cravate, signer des contrats, etc. J’en veux plus. Je préfère me moquer de ces gens. Ce sont souvent des gens aigris et malheureux qui déversent leur bile sur les autres.

À quel point détestez-vous Hollywood?
Hollywood, j’y vis et j’adore y faire des films, mais je crois que c’est tout. Je m’y sens un peu comme un youtubeur, parfois. Un youtubeur qui fait des films de 90 minutes.

C’est-à-dire?
Pour être plus clair: c’est comme ça que je vois le Hollywood d’aujourd’hui. Il y a les indépendants qui font des films avec leur propre argent, sans rien demander, un peu comme le font les youtubeurs, justement, et il y a les autres. En ce sens, on peut dire que Tom Cruise fait des vidéos YouTube, car c’est lui qui décide. De A à Z. Alors, certes, on est tous insérés dans un système, car on doit distribuer les films à travers le monde, mais en tant qu’indépendants, on n’est pas inféodés aux studios. Tom Cruise a sa propre boite de production – moi, c’est pareil, sauf que j’ai beaucoup moins d’argent.

Quel est le film et/ou le cinéaste qui vous a donné envie de faire ce métier?
Krisha de Trey Edward Shults, le réalisateur de It Comes At Night et Waves, plus récemment. Krisha est son premier film, tourné en 2014, dans son jardin, avec un budget de 35.000 dollars. Une misère. Et pourtant, c’est un chef-d’œuvre. On retrouve des influences de Terrence Malick, de Paul Thomas Anderson et de Robert Altman dedans. Je m’en souviens: je l’ai découvert au festival South by Southwest, en mars 2015, et en octobre de la même année, je faisais mon court Thunder Road. C’est bête, mais je me suis dit: si Trey peut le faire, alors moi aussi. Je me suis levé de mon canapé et je suis parti faire un film.

Quel est votre meilleur souvenir professionnel?
Gagner Sundance. C’était valorisant pour l’équipe et moi-même. Et par le plus grand des hasards, des gens tournaient un documentaire sur les coulisses du festival. L’intégralité de la soirée a donc été filmée. Vous savez, quand vous gagnez le Super Bowl, tout le monde le voit. Bah là, c’était pareil. La surprise était totale. J’ai toujours du mal à y croire. Heureusement qu’il y a la vidéo. On ne pensait pas gagner quoi que ce soit! On était déjà chanceux d’être là. Mon producteur Ben Wiessner dit souvent que le plus formidable dans le fait de gagner des prix, ce sont les souvenirs qu’ils renvoient: ils nous projettent à nouveau sur le tournage. C’est ça, la vraie récompense après tout: le souvenir.

Citez-moi quelqu’un de bien /pro/formidable dans ce métier si cruel?
Ma fiancée.

Ce que vous avez fait/vécu de plus chaos depuis que vous faites ce métier?
La scène de l’éloge funèbre, qui est le court Thunder Road et qu’on voit au début du long métrage. C’était éprouvant physiquement et mentalement. Elle dure seulement 12 minutes, mais c’était 12 minutes passées en enfer. Quel est le mot en français pour « torture »? C’était comme ça. Jouer cette scène était un challenge qui me paraissait insurmontable. N’ayant fait ni d’école de cinéma, ni d’école de théâtre, je me suis improvisé acteur. En revoyant le court-métrage au Lincoln dans le cadre du Champs-Elysées Film Festival, j’ai été submergé d’émotions.

Et en-dehors des plateaux de tournage?
Le fait de ne pas avoir eu le final cut pour mon deuxième film The Wolf of Snow Hollow, mon film de loup-garou. C’est MGM qui a eu le dernier mot. Ça s’est très mal passé. Observer les changements, chaque jour, était très humiliant. La façon dont ils l’ont monté et la manière de faire m’ont déplu. Pendant cette période de remontage et de découpage, j’étais très stressé. Je savais que si ce n’était pas bon, les gens allaient se moquer de moi. Je faisais des cauchemars atroces – réveillé à 4 h du matin tous les jours. Ma pauvre fiancée en a fait les frais.

À quel film ressemble le monde d’aujourd’hui?
Probablement Parasite de Bong Joon Ho. C’est un film exceptionnel. Il est en adéquation avec tout ce qui se passe aujourd’hui, dans le monde.

À quel film ressemblera le monde de demain?
Un film lié à la crise de l’eau – qui arrivera forcément, un jour ou l’autre. Vous savez, aux États-Unis, quand on voit comment certains politiciens gèrent le problème du réchauffement climatique, on se dit que shit ! Le futur, c’est Mad Max! Ça va être fucking Fury Road, man. D’ailleurs, j’avais vu le film à Cannes. Il y avait des gens qui se levaient et criaient, la foule était en délire. Ça m’a marqué, car d’ordinaire, les salles de cinéma en France sont aussi calmes que des musées.

Propos recueillis par Sina Regnault

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